Pierre, 56 ans, manutentionnaire à 1 200€ par mois, coupe le chauffage après avoir payé ses factures : « je dors avec deux manteaux »

5 degrés le matin dans les chambres, 300 euros pour tenir deux semaines : Pierre choisit chaque mois entre nourrir sa famille et la chauffer. Un calvaire que des millions de foyers connaissent en silence.

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Pierre, 56 ans, manutentionnaire à 1 200€ par mois, coupe le chauffage après avoir payé ses factures : « je dors avec deux manteaux »
Pierre, 56 ans, manutentionnaire à 1 200€ par mois, coupe le chauffage après avoir payé ses factures : « je dors avec deux manteaux » © Social Mag

Pierre, 56 ans, manutentionnaire dans le Doubs, résume ainsi sa situation chaque fin de mois : une fois qu’il a tout payé, il n’a pas les moyens de se chauffer. Son salaire tourne autour de 1 200 euros, le niveau du SMIC, pour un métier qui l’oblige à porter des charges lourdes toute la journée.

Une fois les charges fixes réglées, il lui reste environ 300 euros pour tenir, raconte le magazine Marie France. Cette somme doit couvrir le frigo, le carburant pour se rendre au travail et le chauffage de la maison, et elle ne dure guère plus d’une quinzaine de jours.

Les deux dernières semaines du mois, Pierre improvise : il compte les bûches, se prive. Manger correctement, payer l’assurance, le téléphone, les frais de scolarité, tout cela passe avant le confort. Le chauffage attend son tour, et il ne peut pas monter le thermostat comme il le voudrait, chaque degré pesant sur la facture.

Une ferme ancienne où il fait 5 degrés le matin

Pierre vit avec sa femme et son petit garçon dans une ferme ancienne du Doubs, mal isolée, le genre de logement que l’on qualifie de passoire thermique. L’hiver, la température descend jusqu’à 5 degrés le matin dans les chambres. Dans la cuisine, près du poêle, elle plafonne à peine à 14 degrés. Pour se chauffer, la famille récupère du bois sur le lieu de travail de Pierre.

Ce quotidien a fini par peser sur son moral. Pierre a traversé une dépression en 2025 et vient de rechuter. « Ce qui me déprime le plus ben c’est de pas faire face à ma famille », confie-t-il. Le sentiment d’échec domine : il voudrait offrir des loisirs à son fils, sortir davantage avec sa femme, et ne peut pas.

L’expression précarité énergétique figure dans la loi depuis le 12 juillet 2010, par la loi dite Grenelle II. Elle désigne les ménages qui peinent à chauffer correctement un logement trop cher ou trop mal isolé. Selon l’Observatoire National de la Précarité Énergétique, 10,8 % des foyers français étaient concernés en 2023. La situation de Pierre n’est donc pas isolée : elle touche des millions de foyers confrontés aux mêmes arbitrages entre nourriture, factures et chauffage.

Les impayés liés à l’énergie restent fréquents. Le Médiateur national de l’énergie a recensé 1,2 million d’interventions pour ce motif en 2025. Avant une coupure ou une réduction de puissance, les ménages en difficulté peuvent saisir leur fournisseur, puis le Médiateur, pour tenter de trouver un accord. La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, interdit par ailleurs toute coupure d’électricité dans une résidence principale, même en cas d’impayé.

Plusieurs dispositifs existent pour venir en aide aux foyers comme celui de Pierre. Le chèque énergie s’adresse aux foyers modestes. Le Fonds de Solidarité Logement, géré par les départements, peut également intervenir. Des travailleurs sociaux accompagnent aussi les familles concernées, pour éviter qu’elles ne se tournent vers des solutions de fortune dangereuses. Ces aides restent toutefois méconnues d’une partie des ménages qu’elles sont censées protéger.

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