Couper les notifications, fermer une application d’actualité ou éviter certains sujets : ces gestes sont devenus courants. Selon la troisième vague de l’Observatoire de la fatigue informationnelle, publiée le 23 octobre 2026, 74 % des Français interrogés disent limiter ou interrompre leur consultation de l’actualité au moins de temps en temps, dont 27 % régulièrement.
La fatigue touche 55 % des répondants en 2026, contre 53 % en 2022. Derrière cette relative stabilité, les habitudes changent : la part des personnes qualifiées de « détachées », qui accordent une place plus réduite aux nouvelles, est passée de 20 % à 26 % en quatre ans. L’enquête décrit une information toujours présente dans les vies quotidiennes, mais de plus en plus filtrée.
Une lassitude plus forte chez les femmes et les ménages modestes
Les écarts sociaux sont marqués. D’après l’analyse détaillée publiée par la Fondation Jean-Jaurès, 61 % des femmes sont classées parmi les personnes fatiguées par l’information, contre 50 % des hommes. Chez les moins de 35 ans, ces proportions atteignent respectivement 63 % et 52 %.
Le niveau de vie intervient également : la fatigue concerne 60 % des personnes disposant de moins de 1 000 euros mensuels par unité de consommation, contre 48 % de celles vivant avec plus de 2 500 euros. Le niveau de diplôme, en revanche, différencie peu les réponses.
Les auteurs relient ces écarts à l’expérience émotionnelle de l’actualité et au sentiment de pouvoir agir sur les événements. Ils relèvent notamment que 43 % des Français se sentent régulièrement impuissants face aux nouvelles. Cette mesure décrit un ressenti déclaré dans l’enquête, et non un diagnostic médical.
Les mêmes nouvelles, encore et encore
Le problème dépasse la seule quantité de contenus consultés. Huit personnes interrogées sur dix (82 %) ont au moins parfois l’impression de retrouver les mêmes informations au cours d’une journée. Plus d’une sur deux (54 %) estime que l’abondance des nouvelles l’empêche de prendre du recul ; 51 % éprouvent des difficultés à distinguer ce qui compte vraiment.
Les douze entretiens qualitatifs associés au questionnaire éclairent les stratégies adoptées : supprimer une application, désactiver les alertes ou s’en tenir aux titres. Il s’agit, pour les personnes interrogées, de rester au courant des événements tout en maîtrisant leur temps et leur attention.
Le phénomène est particulièrement prononcé en France parmi les quatre pays étudiés. La proportion de répondants qui limitent au moins parfois leur exposition atteint 74 % dans l’Hexagone, contre 65 % en Italie, 59 % au Royaume-Uni et 55 % en Allemagne. Les Français déclarent pourtant consulter, en moyenne, moins de canaux d’information que leurs voisins.
Quand les nouvelles occupent moins de place dans les conversations
L’étude évoque une « sécession informationnelle » pour désigner l’éloignement progressif d’un espace d’information partagé. Les personnes les plus fatiguées disent moins discuter de l’actualité, moins croiser les sources et privilégier davantage les échanges avec ceux qui partagent leurs opinions. Les auteurs y voient un enjeu pour la vie collective, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
La recherche a été conduite en ligne du 29 avril au 13 mai 2026 auprès de 4 000 personnes âgées de 18 à 75 ans en France métropolitaine, avec la méthode des quotas et un redressement des réponses. Elle comprend aussi douze entretiens et trois enquêtes comparatives de 1 000 personnes chacune en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni. Ses résultats ont été rendus publics le 23 octobre, date du fait nouveau.