Les contenus qui humilient une personne en raison de son apparence et ceux qui présentent la dépression ou le désespoir sous un jour encourageant pourraient faire l’objet d’une protection renforcée pour les mineurs au Royaume-Uni. Dans son premier rapport réglementaire sur les contenus préjudiciables aux enfants, publié le 22 octobre 2026, Ofcom recommande au gouvernement britannique d’ajouter ces deux catégories à la liste des contenus jugés prioritaires par la loi sur la sécurité en ligne.
Le constat du régulateur est également préoccupant : la proportion d’enfants déclarant avoir rencontré au moins un contenu nocif sur une période de quatre semaines n’a pas connu de changement statistiquement significatif pendant les neuf premiers mois suivant l’entrée en vigueur, en juillet 2025, des obligations britanniques de protection des mineurs.
Apparence physique et désespoir : deux risques que le régulateur veut mieux encadrer
Ofcom distingue les contenus qui stigmatisent une morphologie ou une caractéristique physique de ceux qui encouragent la dépression, le désespoir ou l’absence de perspective. Cette seconde catégorie ne recouvre donc pas toute discussion sur la santé mentale : le critère porte sur le caractère préjudiciable du message, et non sur le simple fait d’évoquer une difficulté psychologique.
Ces deux catégories étaient déjà identifiées par le régulateur comme potentiellement dangereuses, mais elles relevaient jusqu’ici de contenus non expressément désignés dans la loi. Leur inscription parmi les contenus prioritaires leur donnerait une place explicite dans les obligations des plateformes et des moteurs de recherche. Ofcom insiste notamment sur les effets possibles d’une exposition répétée à ces messages, détaillés dans son rapport technique de 85 pages.
La recommandation a été transmise au gouvernement. Une modification de la classification prévue par l’Online Safety Act nécessiterait encore une décision des autorités compétentes. Ofcom prévoit ensuite d’adapter ses documents réglementaires et d’actualiser son registre des risques pour les enfants d’ici janvier 2027.
Neuf mois de nouvelles obligations, mais une exposition toujours élevée
La réglementation britannique impose depuis juillet 2025 des mesures destinées à protéger les mineurs de contenus tels que la pornographie, les incitations à l’automutilation, les violences ou le harcèlement. Pour mesurer les situations rencontrées, Ofcom s’appuie notamment sur des enquêtes répétées auprès d’enfants de 8 à 17 ans, des échanges qualitatifs et des informations communiquées par les services numériques.
Son bilan fait apparaître une absence d’amélioration significative de l’exposition globale déclarée sur la période observée. Des résultats repris par ITV News le 24 octobre précisent que, parmi les 11-17 ans interrogés, 14 % disent avoir vu des contenus relatifs au suicide ou à l’automutilation au cours des quatre semaines précédentes, et 23 % des contenus liés aux troubles alimentaires.
Le rapport porte sur l’exposition aux contenus et leurs conséquences possibles. Il ne constitue pas un audit de conformité de chaque plateforme ni une évaluation isolée de l’efficacité de chacune des mesures imposées depuis 2025. Cette distinction compte pour apprécier les résultats et identifier les changements encore nécessaires.
Un débat qui concerne aussi les familles françaises
Le Royaume-Uni dispose de son propre cadre juridique, mais les réseaux sociaux et leurs systèmes de recommandation sont largement utilisés des deux côtés de la Manche. Les questions soulevées par Ofcom — quels contenus les adolescents rencontrent, comment ils leur sont recommandés et comment les plateformes les protègent — se posent donc aussi aux familles françaises.
Dans l’Union européenne, le règlement sur les services numériques (DSA) impose déjà aux plateformes accessibles aux mineurs un niveau élevé de protection. La Commission a également présenté en septembre 2026 une proposition législative, l’EU KIDS Act, qui prévoit notamment des exigences de sécurité dès la conception des services et un cadre européen pour l’accès des enfants aux réseaux sociaux. Ce texte est encore au stade de la proposition.
Pour les parents, l’enjeu dépasse la seule durée passée devant l’écran. Il concerne aussi la nature des contenus proposés automatiquement, les possibilités de signalement et les échanges réguliers avec les adolescents sur ce qu’ils voient en ligne. La prochaine étape britannique sera la réponse du gouvernement aux recommandations d’Ofcom, puis leur éventuelle traduction dans les obligations des plateformes.

