Rétatrutide : un médicament non autorisé vendu illégalement sur TikTok

Des influenceurs fitness vendent du rétatrutide, un médicament anti-obésité non autorisé, via TikTok en contournant les blocages algorithmiques. Malgré les mesures de modération, les plateformes peinent à endiguer un trafic qui expose les utilisateurs à des risques sanitaires majeurs et pose la question de leur responsabilité sociale.

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Rétatrutide : un médicament non autorisé vendu illégalement sur TikTok © Social Mag

Sur TikTok, certains comptes prétendant être « pharmaciens » ou « médecins » vendent du rétatrutide non autorisé en échange de commissions. Malgré la suppression des mots-clés « retatrutide » et « reta » par la plateforme en 2025, les vendeurs contournent ces restrictions grâce à des émojis seringues, des chiffres ou des orthographes créatives. Pendant ce temps, les plateformes affichent leur volonté de lutter contre ce trafic, sans succès.

Le rétatrutide : de sa création à la vente clandestine sur TikTok

Le rétatrutide, développé par Eli Lilly, n’est pas encore disponible sur le marché. Ce peptide expérimental cible trois récepteurs hormonaux, contre deux pour le Mounjaro et un pour le Wegovy. En mai 2025, les essais cliniques ont montré une perte de poids moyenne de 28,3 % en 80 semaines à dose maximale. Eli Lilly prévoit de demander l’autorisation de la FDA en 2027, espérant une commercialisation aux États-Unis fin 2027, puis en Europe en 2028.

Malgré cela, le rétatrutide est déjà vendu sur les réseaux sociaux, par des laboratoires de recherche chinois pour 80 à 350 dollars. En France, Azentra vendait un stylo injecteur à 299 euros avant une interdiction de l’ANSM en juillet 2026, deux mois après une mesure similaire contre FastPen 40 mg.

L’écosystème des influenceurs et le modèle économique

Des influenceurs comme Jon Kluth et Dawson Weiss, avec respectivement 237 000 et 220 000 abonnés, redirigent leurs followers vers des sites vendant du rétatrutide illégal. Ils utilisent des vidéos de transformation corporelle pour masquer l’aspect commercial. Les clics génèrent des commissions et chaque vente alimente un système où la responsabilité est diluée entre influenceurs, plateformes et laboratoires clandestins.

En France, certains comptes usurpent des identités professionnelles pour vendre du rétatrutide, se présentant comme « pharmaciens » ou « médecins » sans preuves vérifiables. Les transactions se finalisent via WhatsApp ou Telegram, échappant à la modération. Aucun contrôle médical n’est effectué lors de la vente.

Le modèle économique s’appuie sur trois étapes : les laboratoires chinois produisent le peptide et le vendent à des intermédiaires, qui créent ensuite des boutiques en ligne comme Vayn. Les influenceurs perçoivent entre 10 % et 30 % de commission sur chaque vente par leur lien d’affiliation.

Contournement des restrictions par les vendeurs

En 2025, TikTok a bloqué le contenu lié au « retatrutide » et « reta ». En réponse, les vendeurs ont modifié leur vocabulaire, utilisant des hashtags comme #reta💉 ou #73774. Les vidéos parlent de « produit dont on ne peut pas parler » et contournent la détection automatique par des captures d’écran.

Les algorithmes échouent à détecter ces astuces. L’emoji seringue et les fautes d’orthographe passent sous les radars. Les comptes bannis réapparaissent rapidement, conservant leurs réseaux de communication.

Responsabilité des plateformes et conséquences sociales

TikTok, Meta et Google déclarent lutter contre la vente de médicaments non autorisés. Malgré des règles interdisant ce contenu, les plateformes peinent à gérer le volume de contenus. TikTok génère 167 millions de vidéos par jour, et le suivi nécessaire pour détecter les infractions est coûteux.

TikTok a mis en place des filtres de mots-clés et formé des modérateurs, tandis qu’Instagram teste des systèmes de détection par intelligence artificielle. YouTube suspend les comptes signalés. Cependant, ces mesures restent insuffisantes face à un système bien rodé.

Les risques liés aux produits injectables frauduleux sont nombreux : atteintes au foie, infections et allergies sévères sont possibles. Les produits contrefaits présentent des compositions incertaines et des dosages approximatifs, augmentant les dangers. Les victimes, souvent invisibles, hésitent à consulter par peur de sanctions. Des témoignages anonymes relatent des effets secondaires graves, montrant que le coût social dépasse les profits générés.

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