Le 19 juin 2026, plusieurs organisations représentant les complémentaires santé ont confirmé avoir été informées par le ministère de la Santé d’un projet visant à diminuer le remboursement des consultations médicales par la Sécurité sociale. Derrière cette réforme se cache un objectif budgétaire clair : contenir un déficit de la protection sociale qui pourrait atteindre 23,2 milliards d’euros cette année, selon les projections évoquées par plusieurs médias spécialisés.
Un remboursement des consultations médicales dans le viseur du gouvernement
Le remboursement des consultations médicales repose aujourd’hui sur un partage entre l’Assurance maladie obligatoire et les complémentaires santé. Actuellement, la Sécurité sociale rembourse généralement 70 % du tarif conventionné d’une consultation médicale, tandis que le reste est pris en charge par les mutuelles dans le cadre des contrats responsables, qui représentent environ 98 % du marché selon les fédérations du secteur. D’après les informations communiquées aux organismes complémentaires, le gouvernement envisage de réduire la part des consultations médicales prise en charge par l’Assurance maladie. Le niveau exact de cette baisse n’a toutefois pas été rendu public.
Cependant, cette orientation n’est pas totalement nouvelle. En 2024, le gouvernement dirigé par Michel Barnier avait déjà étudié une diminution du remboursement des consultations médicales de 10 points, faisant passer la couverture de l’Assurance maladie de 70 % à 60 %. Face aux critiques, le projet avait ensuite été réduit à une baisse de 5 points avant d’être finalement abandonné. Cette réforme était devenue l’un des symboles des tensions autour du financement de la Sécurité sociale et de la maîtrise des dépenses de santé.
Par ailleurs, les organismes complémentaires redoutent un nouveau transfert massif de charges. Dans un communiqué relayé par plusieurs médias économiques, la Fédération des institutions paritaires de protection sociale a averti que ce mécanisme pourrait être accompagné d’autres mesures financières lors du prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Selon cette fédération, les conséquences pourraient être importantes pour l’équilibre du système.
Assurance maladie : pourquoi cette réforme revient sur la table
L’Assurance maladie fait face à une situation budgétaire particulièrement tendue. Alors que l’exécutif espérait ramener le déficit sous le seuil des 20 milliards d’euros, les dernières estimations évoquent un déficit pouvant atteindre 23,2 milliards d’euros. Cette détérioration des comptes pousse le gouvernement à rechercher rapidement plusieurs milliards d’euros d’économies. En transférant une partie de la dépense vers les complémentaires santé, l’État réduirait mécaniquement les dépenses supportées par l’Assurance maladie. Toutefois, cette stratégie suscite de fortes réserves. Dominique Corona, membre du conseil de la Caisse nationale de l’Assurance maladie et numéro deux de l’Unsa, a estimé que « toute baisse des remboursements de la Sécurité sociale est inacceptable », selon des propos rapportés par BFM Business. Il considère notamment que cette évolution risque d’accroître les inégalités d’accès aux soins et de favoriser les renoncements pour raisons financières.
En parallèle, une mission gouvernementale consacrée à la répartition des dépenses entre Assurance maladie obligatoire et complémentaires santé a été lancée au début de l’année. Ses conclusions sont toujours attendues. Cette réflexion plus large doit permettre de redéfinir les frontières de financement entre les deux acteurs du système de santé français, alors que les transferts de charges se multiplient depuis plusieurs années.
Sécurité sociale : les assurés pourraient payer la facture
Si le remboursement des consultations médicales diminue effectivement, les conséquences pourraient rapidement se répercuter sur les cotisations des complémentaires santé. Aujourd’hui, lorsqu’une consultation est remboursée à 70 % par la Sécurité sociale, la mutuelle couvre généralement le reste. Si la prise en charge de l’Assurance maladie tombe à 60 % ou 65 %, les complémentaires devront absorber une part nettement plus importante des dépenses de santé.
Or, les organismes du secteur alertent déjà sur leurs contraintes financières. Selon les données de la Mutualité française relayées par plusieurs médias spécialisés, les cotisations ont augmenté en moyenne de 6 % en 2025. En 2026, les contrats collectifs ont encore progressé de 4,7 % tandis que les contrats individuels ont enregistré une hausse moyenne de 4,4 %.
De plus, plusieurs associations de consommateurs soulignent que les complémentaires santé ont enregistré des augmentations cumulées particulièrement élevées ces dernières années. L’UFC-Que Choisir estime ainsi que les tarifs ont progressé d’environ 25 % sur trois ans. Une nouvelle réduction du remboursement des consultations médicales pourrait donc accentuer cette tendance et alourdir davantage le budget santé des ménages.
Cette perspective inquiète particulièrement les représentants des assurés. En effet, même si la réforme ne crée pas directement un reste à charge supplémentaire pour les personnes disposant d’une complémentaire, elle pourrait provoquer une hausse progressive des cotisations. Les ménages les plus fragiles, ainsi que ceux qui ne bénéficient pas d’une couverture étendue, seraient alors les premiers exposés aux conséquences de cette évolution du financement de la Sécurité sociale.



