Pêche française : une empreinte carbone dominée par les carburants

À rebours des idées reçues, la pêche française, bien que marginale dans le total des émissions nationales, affiche une empreinte carbone préoccupante, nourrie par une dépendance massive aux carburants fossiles, selon un rapport conjoint de BLOOM et The Shift Project publié ce lundi.

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Pêche française : une empreinte carbone dominée par les carburants
Pêche française : une empreinte carbone dominée par les carburants © Social Mag

L’ONG BLOOM et le think tank The Shift Project ont publié, le 17 novembre, un rapport inédit évaluant l’empreinte carbone du secteur de la pêche maritime française. Cette étude, inédite par son ampleur et sa précision, révèle que l’activité halieutique reste largement tributaire des carburants fossiles. Elle remet en question l’invisibilité climatique de cette filière, souvent perçue comme secondaire dans les bilans environnementaux nationaux.

Une filière à l’impact modeste, mais à forte intensité carbone

Selon les auteurs, la pêche française génère environ 1,14 million de tonnes de CO₂ équivalent par an. Cette estimation englobe les émissions liées à la construction des navires, leur cycle de vie, l’usage des engins et surtout la consommation de carburant. Ainsi, bien que le secteur ne représente que 0,2 % de l’empreinte carbone de la France, il affiche une intensité carbone élevée par kilo de poisson capturé, atteignant 2,2 kg équivalent CO₂ en moyenne.

Ce bilan est cependant considéré comme incomplet. Victor Godinot, ingénieur de recherche chez BLOOM, a déclaré : « Elle ne prend pas en compte toutes les perturbations de mécanismes naturels liés à la séquestration de carbone ». Ces omissions concernent notamment les effets indirects du chalutage sur les fonds marins, dont l’impact pourrait représenter jusqu’à 883 000 tonnes supplémentaires de CO₂ par an, un chiffre non intégré dans le calcul final, en raison d’une trop grande incertitude scientifique.

Le carburant, principal levier et obstacle à la transition

Au cœur de cette empreinte carbone, le carburant joue un rôle central. La flotte française consomme 312 millions de litres de carburant par an, générant à elle seule 961 000 tonnes de CO₂. Cela représente 84 % des émissions du secteur. Cette domination des combustibles fossiles confère au carburant un statut ambivalent : à la fois cause majeure de pollution et axe stratégique pour la décarbonation. Les autres postes émetteurs identifiés dans le rapport sont marginaux : 8 % pour les navires eux-mêmes, 3 % pour la réfrigération à bord et 1 % pour les engins de pêche.

En revanche, la perturbation des sédiments provoquée par le chalutage de fond reste une zone grise : elle pourrait ajouter entre 104 000 et 883 000 tonnes de CO₂, selon les estimations de The Shift Project, mais n’a pas été retenue dans le calcul central en raison du manque de consensus scientifique sur ce point. Pour les auteurs, il est impératif de repenser l’efficience énergétique du secteur. Toutefois, ils avertissent : « La transition énergétique [seule] ne résoudra pas l’ensemble des problèmes ». La modernisation de la flotte, bien qu’indispensable, ne saurait répondre aux enjeux écologiques sans une remise en question plus structurelle des modes de production.

Des techniques de pêche très inégalement polluantes

L’étude met en évidence une forte disparité entre les différentes techniques de pêche. Le chalutage de fond, en particulier, concentre une part disproportionnée des émissions. Selon les chiffres, les chalutiers démersaux sont responsables de 46 % des émissions totales, un taux qui grimpe à 51 % si l’on inclut les perturbations des cycles de carbone, alors qu’ils ne représentent que 24 % des volumes débarqués. À l’opposé, des techniques comme les casiers ou les arts dormants s’avèrent nettement moins émettrices.

Comme l’explique Victor Godinot : « Ce qu’on montre avec l’étude, c’est que le chalutage pélagique et le chalutage de fond sont responsables des trois quarts des émissions du secteur, alors que les arts dormants… ne sont responsables que de 14 % des émissions ». Ces écarts illustrent l’importance d’adapter les stratégies de transition aux pratiques spécifiques. Un modèle unique de décarbonation ne saurait répondre aux réalités d’une filière aussi diversifiée. Les émissions ne sont pas réparties uniformément : elles dépendent fortement des engins utilisés, de la taille des navires, des zones de pêche et de la durée des marées.

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