Le mardi 14 octobre 2026, le tribunal de commerce d’Orléans a approuvé la reprise de Duralex par Cédric Meston. Cette décision garantit à 155 salariés de l’usine de La Chapelle-Saint-Mesmin le maintien de leur emploi. Toutefois, après dix-huit mois de gestion coopérative, une certaine appréhension se fait sentir à l’égard du nouveau style managérial, incarné par un ancien consultant de McKinsey, et face aux défis d’une transition énergétique ambitieuse. L’issue des négociations représente un tournant tant social qu’économique.
Les 155 salariés restants : qui sont-ils ?
Sur les 219 employés que comptait Duralex lors du redressement judiciaire du 1er juin 2026, 155 conservent leur contrat. Ce chiffre dépasse les offres concurrentes, comme celle de Carlesimo qui proposait de préserver 129 emplois en CDI. Selon Le Monde, cette préservation massive a été un argument clé pour le tribunal. Cependant, derrière ces chiffres se cachent des réalités humaines complexes. Les rescapés sont principalement des ouvriers qualifiés, des techniciens de maintenance et des agents de production essentiels au fonctionnement de l’usine. Philippe Dos Anjos, technicien de maintenance avec 24 ans d’ancienneté, exprime sa prudence : « On va voir comment ça va se passer. On attend de voir la suite, on ne veut pas se faire de faux espoirs. »
En revanche, 64 salariés perdent leur emploi. Le plan de reprise inclut un accompagnement social, mais les détails restent flous concernant les indemnités de licenciement, les mesures de reclassement ou les formations proposées. Dans une région où l’industrie du verre est limitée, ces licenciements soulèvent la question de la reconversion professionnelle. Bien que le plan de financement de 16 millions d’euros ne mentionne pas de budget spécifique pour les départs, cette incertitude inquiète les syndicats, qui craignent un soutien minimal.
Changement de management : de la SCOP à McKinsey
En 2024, la transformation de Duralex en SCOP avait été saluée, permettant aux salariés de devenir copropriétaires de leur outil de travail et de participer collectivement aux décisions stratégiques. Avec une levée de fonds de 7 millions d’euros grâce à 15 000 contributeurs, l’usine était devenue un symbole de l’économie alternative. Cependant, le modèle s’est heurté à des difficultés financières, avec un endettement croissant, des coûts énergétiques élevés et des défis commerciaux. Le cinquième redressement judiciaire de Duralex en vingt ans, survenu le 1er juin 2026, a marqué la fin de cette expérience coopérative.
Cédric Meston a désigné Silham El Kasmi comme nouvelle directrice générale. Forte de 23 ans d’expérience chez Saint-Gobain et Saur, elle incarne un style managérial axé sur la performance et les objectifs, contrastant avec l’approche participative de la SCOP. Selon France 3 Régions, sa mission principale sera de redresser la rentabilité en optimisant les processus de production. Pour les salariés, habitués à une gestion horizontale, cette transition représente un bouleversement culturel majeur.
Les employés doivent désormais choisir entre une perte d’autonomie décisionnelle et la sécurité de l’emploi. Beaucoup avaient investi personnellement dans la SCOP, tant financièrement qu’émotionnellement. Redevenir de simples exécutants après avoir été copropriétaires est perçu comme une régression symbolique. Cependant, la stabilité apportée par un repreneur solide, soutenu par Xavier Niel via sa holding NJJ Capital, offre une certaine assurance. Cédric Meston, reconnu pour avoir redressé Tupperware France et cofondé HappyVore, inspire confiance, bien que sa formation chez McKinsey, connue pour des restructurations agressives, suscite des craintes.
Transition énergétique : un défi RSE ou un coût social ?
Le plan de reprise prévoit la transition du four à gaz vers une technologie entièrement électrique d’ici 2029. Cette transformation nécessite de former le personnel aux nouveaux équipements et protocoles de sécurité. Selon Le Parisien, Cédric Meston ambitionne de faire de Duralex « le verre le plus vert au monde ». Cependant, les détails sur le budget formation ou les partenariats avec des organismes spécialisés restent inconnus, laissant les ouvriers, notamment les plus âgés, incertains quant à leur capacité d’adaptation.
Le passage à l’électrique va transformer l’environnement de travail, promettant des conditions plus propres et une meilleure qualité de l’air. Cependant, il introduit de nouvelles contraintes : champs électromagnétiques, risques électriques et modifications des cadences. Aucune étude d’impact sur la santé n’a été publiée, et les représentants du personnel demandent des garanties sur la sécurité et l’adaptation des postes. La visite du ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, le 16 octobre 2026, pourrait être l’occasion d’aborder ces enjeux concrets.
Dialogue social et engagement : les attentes envers Cédric Meston
Après la décision du tribunal, Cédric Meston a exprimé son enthousiasme : « C’est gagné ! Nous sommes les nouveaux propriétaires de Duralex. C’est une vraie responsabilité, on fera tout pour être à la hauteur et que la société soit pérenne. » Toutefois, le succès de cette reprise dépendra de la qualité du dialogue social. Après l’expérience de la SCOP, imposer un management vertical sans concertation pourrait provoquer tensions et démobilisation. Les salariés espèrent des garanties concrètes sur le maintien des acquis sociaux et une transparence dans les décisions stratégiques. Si la transition énergétique est menée de manière participative, elle pourrait être un projet fédérateur. À l’inverse, une approche autoritaire pourrait accentuer le ressentiment. Au-delà des résultats économiques, la réussite de cette reprise se mesurera à la qualité du climat social et à la préservation de la dignité des 155 salariés qui font vivre Duralex au quotidien.

