Plusieurs travaux scientifiques relancent l’attention sur les tiques et la maladie de Lyme en France. En effet, une étude issue du programme participatif CiTIQUE, coordonné par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), suggère qu’une part significative des tiques qui piquent les humains pourrait transporter la bactérie responsable de cette infection. Avec le retour du printemps, ces données rappellent que la maladie de Lyme reste la principale maladie transmise par ces parasites sur le territoire.
Les tiques au cœur d’une nouvelle cartographie de la maladie de Lyme
Les tiques constituent aujourd’hui l’un des principaux vecteurs de maladies infectieuses en Europe. Toutefois, leur dangerosité dépend largement de leur niveau d’infection. C’est précisément ce qu’a cherché à mesurer une étude basée sur une collecte participative de parasites ayant mordu des humains. Selon les résultats analysés par des chercheurs du programme CiTIQUE, l’étude repose sur l’examen de tiques envoyées par des personnes piquées dans toute la France. Le travail scientifique a porté sur 2 009 tiques collectées jusqu’en 2019, et les conclusions montrent que 15,4 % d’entre elles étaient porteuses de bactéries responsables de la maladie de Lyme. Dans le même temps, l’analyse révèle que 27 % des tiques étudiées transportaient au moins un agent pathogène capable d’infecter l’être humain. Cette recherche s’inscrit dans un dispositif scientifique inédit.
En effet, plus de 26 000 personnes ont participé au programme de science participative en envoyant les parasites retrouvés sur leur peau, ce qui a permis de constituer une base nationale de spécimens. Comme l’explique le chercheur Jonas Durand, ingénieur de recherche impliqué dans l’étude, « Nous recevons des tiques de toute la France », a-t-il indiqué dans Le Monde le 9 mars 2026. Par ailleurs, ces collectes ont permis de bâtir une véritable « tiquothèque », c’est-à-dire une collection scientifique nationale de parasites conservés en laboratoire. Depuis 2017, plus de 40 000 tiques ayant piqué des humains ont ainsi été stockées dans les installations de recherche à Champenoux. Grâce à ce corpus, les scientifiques peuvent désormais cartographier les bactéries responsables de la maladie de Lyme sur l’ensemble du territoire.
Les tiques, principal vecteur de la maladie de Lyme en France
Les tiques sont des acariens parasites qui se nourrissent du sang des animaux et parfois des humains. Elles vivent principalement dans les milieux humides, les forêts ou les zones de végétation dense. Lorsqu’elles s’accrochent à la peau pour se nourrir, elles peuvent transmettre différents agents infectieux. La maladie de Lyme, appelée aussi borréliose de Lyme, constitue l’infection la plus fréquente transmise par ces parasites. Elle est provoquée par des bactéries appartenant au complexe Borrelia burgdorferi, qui peuvent être injectées dans l’organisme humain lors d’une morsure de tique infectée, selon Santé publique France. Les tiques responsables de cette transmission appartiennent principalement au genre Ixodes. Ces parasites peuvent mordre à différents stades de leur développement, notamment lorsqu’ils sont larves, nymphes ou adultes. Une fois fixées sur la peau, les tiques se gorgent de sang et peuvent transmettre la bactérie si elles sont elles-mêmes contaminées.
Cependant, toutes les tiques ne sont pas infectées. Le risque dépend à la fois de l’espèce de parasite, de la région et du temps durant lequel la tique reste attachée à la peau. Selon la Haute Autorité de santé, le risque de transmission d’un agent pathogène après une morsure de tique reste relativement faible, estimé entre 1 % et 4 % des cas selon la durée d’attachement. Néanmoins, l’exposition de la population reste significative. En France, près de 5 % des adultes âgés de 18 à 79 ans déclarent avoir été piqués par une tique au cours des douze derniers mois, selon les résultats du Baromètre de Santé publique France 2024 sur les piqûres de tiques et la borréliose de Lyme.
Des tiques responsables de dizaines de milliers d’infections chaque année
Si les tiques inquiètent les autorités sanitaires, c’est surtout en raison du nombre élevé d’infections associées à leurs morsures. La maladie de Lyme demeure la plus fréquente parmi les maladies vectorielles transmises par ces parasites. Selon Santé publique France, environ 39 000 cas de maladie de Lyme ont été diagnostiqués en médecine générale en France en 2023, soit une incidence d’environ 59 cas pour 100 000 habitants. La maladie débute souvent par un symptôme caractéristique appelé érythème migrant. Il s’agit d’une plaque rouge qui apparaît autour de la zone de morsure et s’étend progressivement sur la peau.
Toutefois, ce signe n’est pas systématiquement reconnu, ce qui peut retarder le diagnostic. Sans traitement antibiotique, l’infection peut évoluer vers des complications plus sérieuses, notamment des douleurs articulaires, des troubles neurologiques ou une fatigue persistante, selon Ma Santé. Par ailleurs, la maladie de Lyme n’est pas la seule infection transmise par les tiques. Ces parasites peuvent également transporter d’autres agents pathogènes capables d’infecter l’être humain. Parmi eux figure notamment le virus responsable de l’encéphalite à tiques, une infection virale pouvant provoquer une inflammation du cerveau et des méninges. Cette maladie reste rare en France, mais elle fait l’objet d’une surveillance accrue. En 2024, 62 cas d’encéphalite à tiques ont été signalés sur le territoire, selon les données de Santé publique France.
