Le 2 mars 2026, une étude publiée dans la revue médicale JAMA a confirmé l’ampleur du phénomène : la proportion d’ados américains dormant trop peu n’a cessé d’augmenter depuis 2007. En d’autres termes, une véritable crise du sommeil s’installe. Les spécialistes de la santé publique décrivent une situation préoccupante pour ces ados, dont la durée de dormir chute alors même que leur cerveau est encore en développement.
Ados et sommeil : une chute continue depuis 2007
Chez les ados, la durée du sommeil diminue de manière constante depuis plus de quinze ans. Selon une analyse basée sur l’enquête nationale Youth Risk Behavior Survey et publiée dans JAMA, la part des lycéens américains qui dorment trop peu a nettement augmenté. En effet, 68,9 % des adolescents déclaraient dormir insuffisamment en 2007, contre 76,8 % en 2023. Parallèlement, la situation se dégrade du côté des nuits très courtes. L’étude montre que les ados sont plus nombreux à dormir seulement quelques heures. Les chercheurs observent que les nuits de cinq heures ou moins se multiplient, phénomène considéré comme particulièrement préoccupant pour le développement.
«Les résultats de cette étude montrent une augmentation généralisée du manque de sommeil dans tous les groupes démographiques, principalement due à l’augmentation des signalements de sommeil très court (5 heures ou moins) », écrivent les auteurs dans l’étude publiée dans le Journal of the American Medical Association le 2 mars 2026. Dans le même temps, les ados atteignant la durée de sommeil recommandée deviennent de plus en plus rares. Les données montrent que plus de 30 % des adolescents dormaient au moins huit heures par nuit en 2007, contre moins de 25 % en 2023, selon les chercheurs cités par l’Université du Connecticut dans une communication scientifique publiée le 6 mars 2026.
Ados épuisés : bien plus que la faute des écrans
Souvent, la fatigue des ados est attribuée aux smartphones et aux réseaux sociaux. Pourtant, les chercheurs insistent sur le fait que la crise du sommeil dépasse largement cette seule explication. Les rythmes scolaires, les activités extrascolaires et les contraintes sociales jouent également un rôle majeur dans la difficulté des ados à dormir suffisamment. Selon les recommandations médicales, les adolescents devraient bénéficier de 8 à 10 heures de sommeil par nuit, rappellent l’American Academy of Sleep Medicine et l’American Academy of Pediatrics. Cependant, la majorité des ados reste loin de cet objectif.
La recherche indique même que plus de la moitié des adolescents déclarent dormir moins de cinq heures par nuit dans les données les plus récentes, selon une analyse des chercheurs de l’Université du Connecticut publiée le 6 mars 2026. Les conséquences sanitaires sont multiples pour ces ados souvent épuisés. Un manque chronique de sommeil est associé à une baisse des performances scolaires, mais aussi à des troubles psychologiques. « Dormir moins de cinq heures par nuit est considéré comme un sommeil très court et est associé à des problèmes de régulation émotionnelle tels que l’anxiété et la dépression, à de mauvaises performances scolaires ou à un développement neurocognitif insuffisant, ainsi qu’à un risque accru d’obésité et de diabète », expliquent les chercheurs dans leur analyse relayée par EurekAlert.
Pourquoi les ados ont de plus en plus de mal à dormir
La biologie même des ados complique la situation. Pendant l’adolescence, l’horloge interne se décale naturellement vers des horaires plus tardifs. La sécrétion de mélatonine, hormone clé du sommeil, survient plus tard dans la soirée, ce qui pousse les ados à dormir plus tard. Cependant, les obligations scolaires restent souvent fixées tôt le matin. Cette discordance crée ce que les chercheurs décrivent comme un décalage permanent entre le rythme biologique et l’organisation sociale. Les spécialistes parlent parfois de « jet lag social ». Les ados doivent se lever avant que leur cerveau soit biologiquement prêt. Cette situation favorise l’accumulation d’une dette de sommeil semaine après semaine.
D’autres facteurs aggravent encore la situation des ados. Les journées chargées, la pression scolaire, les activités sportives tardives ou encore l’utilisation des écrans avant le coucher prolongent l’heure d’endormissement. Néanmoins, les chercheurs soulignent que ces éléments ne suffisent pas à expliquer la tendance globale. Même les ados qui utilisent peu leurs appareils numériques peuvent être épuisés. Plusieurs experts évoquent désormais une crise de santé publique. Certains proposent de modifier l’organisation scolaire pour permettre aux ados de dormir davantage. Des sociétés médicales américaines recommandent ainsi que les cours commencent après 8 h 30, afin de mieux respecter le rythme biologique des adolescents.
