Pourquoi 15 millions de Français absorbent 67% des dépenses de santé

Quinze millions de Français en affection longue durée concentrent 67% des dépenses de santé remboursables, soit 19,7 milliards d’euros en 2025.

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Pourquoi 15 millions de Français absorbent 67% des dépenses de santé © Social Mag

Quinze millions de Français atteints d’affections longue durée (ALD) génèrent 67% des dépenses de santé remboursables par l’Assurance-maladie obligatoire. Ce chiffre soulève une question essentielle : cette distribution des ressources traduit-elle une solidarité nécessaire ou masque-t-elle des inégalités structurelles ? Selon une étude de la Drees publiée le 7 octobre, l’Assurance-maladie a dépensé 19,7 milliards d’euros en 2025 pour ces patients, marquant une hausse de 72% en une décennie. Bien qu’ils ne représentent que 22% des assurés, les patients en ALD occasionnent des dépenses sept fois plus élevées que les autres bénéficiaires.

Une concentration extrême des ressources de santé

En 2025, sur les 189 milliards d’euros de dépenses de santé remboursables par l’Assurance-maladie obligatoire, 126,6 milliards sont alloués aux patients en ALD. Moins d’un quart des assurés absorbe ainsi plus des deux tiers du budget. Cette concentration s’explique par « le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et le coût croissant des traitements », selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. La majorité des bénéficiaires de ce dispositif se trouve parmi les 70-79 ans.

En moyenne, un assuré en ALD coûte 1 300 euros par an à l’Assurance-maladie, contre 185 euros pour les autres assurés. La Drees souligne que « la dépense est ainsi sept fois plus élevée pour eux que pour les autres assurés ». Cette différence s’explique par les pathologies couvertes : diabète, cancers, maladies cardiovasculaires, et affections psychiatriques de longue durée, nécessitant des soins réguliers, des hospitalisations et des médicaments coûteux. En dix ans, 8,2 milliards d’euros supplémentaires ont été dépensés, représentant 44% de l’augmentation totale des dépenses publiques de santé.

Qui sont les patients en ALD et comment vivent-ils ?

Les 70-79 ans forment la majorité des 15 millions de bénéficiaires du dispositif ALD. Ces patients affrontent quotidiennement la maladie chronique, avec des consultations fréquentes, des effets secondaires et une fatigue persistante. Beaucoup cumulent plusieurs pathologies, augmentant leur vulnérabilité. Le vieillissement démographique accentue cette tendance, tandis que les maladies chroniques touchent désormais des populations plus jeunes. Le système de santé doit ainsi répondre aux besoins des générations vieillissantes tout en gérant l’émergence de nouvelles pathologies.

Le dispositif d’exonération du ticket modérateur, créé en 1945, vise à alléger la charge des pathologies en assurant une prise en charge à 100% des soins liés. Cependant, cette protection reste incomplète face aux dépassements d’honoraires, aux médicaments non remboursés et aux frais annexes qui pèsent sur les budgets. Sept millions de Français ont récemment vu diminuer leurs remboursements santé, exacerbant les inégalités d’accès aux soins.

Quel avenir pour l’équité dans l’accès aux soins ?

L’augmentation des dépenses pour les ALD remet en question la capacité du système français à maintenir son niveau de protection sociale. En 2025, les administrations publiques financent 77,4% des dépenses de santé, alors que les organismes complémentaires en couvrent 12,3%. Cette situation met l’Assurance-maladie sous pression budgétaire. Les remises sur les médicaments, atteignant 6,2 milliards d’euros, aident partiellement à contenir l’augmentation, mais ne suffisent pas à inverser la tendance. La révision de la liste des 30 pathologies couvertes ou des conditions de remboursement soulève des questions éthiques importantes.

La prévention est le moyen le plus efficace pour réduire l’incidence des maladies chroniques. Diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, certains cancers : nombreuses sont les pathologies évitables ou retardables grâce à des politiques de santé publique ambitieuses. Toutefois, la France investit peu dans la prévention comparativement aux soins curatifs. Encourager l’activité physique, améliorer la nutrition, réduire les expositions environnementales sont autant de leviers sous-exploités. Les débats sur le remboursement des cures thermales illustrent les tensions entre la maîtrise budgétaire et les approches préventives. Réduire les inégalités de santé nécessite d’agir en amont pour éviter que les pathologies ne deviennent chroniques et coûteuses.

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