Trottinettes électriques : les urgentistes en alerte face à l’augmentation des traumatismes crâniens

Les Hospices civils de Lyon alertent sur une hausse rapide des traumatismes crâniens graves chez les enfants et les adolescents utilisant une trottinette électrique, avec 25 cas nécessitant un avis neurochirurgical en 2025, contre un seul en 2021.

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Trottinettes électriques : les urgentistes en alerte face à l’augmentation des traumatismes crâniens © Social Mag

Cette progression ressort d’une étude rétrospective publiée dans la revue Neurosurgery. Les chercheurs ont analysé les dossiers de jeunes patients pris en charge entre janvier 2021 et décembre 2025 à l’hôpital Femme Mère Enfant de Bron, dans la métropole lyonnaise.

Le constat dépasse la seule augmentation du nombre d’accidents. Les lésions observées peuvent atteindre une gravité comparable à celle des traumatismes provoqués par des accidents de moto.

1 cas en 2021, 25 en 2025

Au total, 499 patients âgés de 2 à 18 ans ont nécessité un avis neurochirurgical pour un traumatisme crânien durant les cinq années étudiées. Parmi eux, 156 circulaient sur un véhicule à deux roues au moment de l’accident.

Les trottinettes électriques représentaient 44 cas, contre 81 pour les vélos et trottinettes non motorisées et 31 pour les motos ou cyclomoteurs.

La dynamique observée diffère fortement selon les véhicules. Les traumatismes liés aux vélos, aux trottinettes classiques et aux motos sont restés relativement stables. Ceux associés aux trottinettes électriques sont passés d’un cas en 2021 à 25 en 2025.

En 2025, la trottinette électrique est ainsi devenue, dans cet établissement, la première cause de traumatisme crânien pédiatrique lié à un deux-roues nécessitant une évaluation neurochirurgicale.

Depuis avril 2026, le service de déchoquage de l’hôpital enregistrerait également environ vingt passages par mois pour des accidents de trottinette. Près d’un quart de ces patients seraient ensuite admis directement en réanimation pédiatrique, selon les médecins interrogés par Le Figaro.

Des adolescents majoritairement touchés

L’âge moyen des victimes d’un accident de trottinette électrique était de 14 ans. Les garçons représentaient 77,3 % des patients concernés.

Plus préoccupant, 43,2 % des victimes avaient moins de 14 ans, alors que l’utilisation d’une trottinette électrique sur la voie publique est interdite en France en dessous de cet âge.

La plupart des patients étaient les conducteurs de l’engin, mais 20,5 % circulaient comme passagers. Dans près de trois accidents sur dix, plusieurs personnes se trouvaient sur la même trottinette, malgré l’interdiction de transporter un passager.

Les médecins décrivent un profil fréquent : un adolescent circulant sans casque, parfois accompagné d’un autre jeune, perd le contrôle de l’engin et est projeté vers l’avant. La tête peut alors heurter directement le sol, un trottoir ou un obstacle.

Près de sept accidents sur dix sans collision

La présence d’une voiture ou d’un autre véhicule n’est pas nécessaire pour provoquer un traumatisme grave. Selon l’étude, 68,2 % des accidents de trottinette électrique se sont produits sans implication d’un tiers.

Les pertes de contrôle et les chutes isolées occupent donc une place centrale. Les petites roues, la position debout, la stabilité limitée de l’engin et une vitesse pouvant atteindre 25 km/h, voire davantage sur un modèle débridé, exposent directement le conducteur en cas d’obstacle ou de freinage brutal.

La majorité des accidents étudiés concernait des engins privés. Parmi les 33 patients interrogés après leur hospitalisation, 87,9 % utilisaient une trottinette personnelle, contre 12,1 % une trottinette de location.

Les médecins lyonnais signalent que certains modèles privés peuvent dépasser les limitations prévues, sans offrir les protections physiques associées à une moto ou à un scooter.

Des lésions proches de celles observées à moto

Parmi les 44 patients victimes d’un accident de trottinette électrique, 84,1 % présentaient une fracture du crâne et 77,3 % une hémorragie intracrânienne.

Près de la moitié souffrait d’un hématome extradural, une accumulation de sang entre le crâne et l’enveloppe du cerveau. Sans prise en charge rapide, cette lésion peut comprimer le cerveau, provoquer un coma et engager le pronostic vital.

Dans la cohorte étudiée :

  • 61,4 % des patients ont été admis en réanimation ;
  • 18,2 % ont dû être intubés ;
  • 15,9 % ont nécessité une surveillance invasive de la pression intracrânienne ;
  • 11,4 % ont subi une intervention neurochirurgicale ;
  • 18,2 % ont eu besoin d’une rééducation après leur hospitalisation.

La probabilité globale de présenter un critère de gravité était estimée à 40 % pour les accidents de trottinette électrique, contre 42 % pour les accidents de moto et 23 % pour les véhicules non motorisés.

La durée moyenne d’hospitalisation atteignait près de huit jours pour les patients accidentés en trottinette électrique. Certains séjours se sont prolongés pendant plusieurs semaines.

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