Une méta-analyse publiée en 2024 dans le Journal of Retailing, menée par des chercheurs australiens, a passé en revue 71 études réalisées dans 17 pays, portant sur 11 000 participants au total. Sa conclusion est nette : les paiements dématérialisés sont systématiquement associés à des niveaux de dépenses plus élevés que les transactions en liquide.
Les auteurs qualifient ce phénomène, baptisé effet sans espèces, de faible mais significatif. Il ne fait pas dérailler les comptes du jour au lendemain. Il grignote plutôt, paiement après paiement, le budget de millions de foyers, sans qu’ils s’en rendent vraiment compte, rendant les fins de mois plus difficiles.
L’argent liquide comme frein psychologique
Payer en espèces oblige à sortir son portefeuille, à compter ses billets, à voir physiquement l’argent partir. Ce geste crée un frein qui disparaît totalement avec la carte bancaire, qu’elle soit utilisée à l’ancienne avec un code PIN, en simple bip sans contact, ou via une application.
Une étude publiée en 2011 dans le Journal of Consumer Research montre que manipuler du liquide active des zones cérébrales liées à l’inconfort psychologique et à l’aversion aux pertes. Son auteur, Manoj Thomas, professeur de marketing à l’université Cornell, résume ainsi le mécanisme : « payer en cash ancre le coût des choses dans notre esprit. C’est le meilleur outil pour maîtriser son budget ».
Richard Whittle, économiste à la Salford Business School, met en cause la fluidité même du paiement par carte. Ses propos, rapportés par la BBC, sont sans détour : « La facilité de paiement par carte peut amener les consommateurs à dépenser sans réfléchir et acheter des choses dont ils n’ont pas vraiment besoin ».
Stuart Mills, maître de conférences en économie à l’université de Leeds, pointe l’absence de retour concret que procure la carte. « L’argent liquide donne un retour immédiat et visible sur ce que l’on dépense », explique-t-il. Ce moment inconfortable, ressenti au passage en caisse avec des billets, dissuaderait certains clients d’acheter, quand la carte n’oppose aucune résistance de ce type.
La limite du paiement sans contact, souvent fixée à 1 euro, encourage à dégainer la carte aussi bien pour une baguette ou un café-croissant que pour des courses hebdomadaires complètes. La carte reste d’ailleurs le moyen de paiement préféré des Français, tous usages confondus.
Les chercheurs à l’origine de la méta-analyse espèrent que leurs résultats circuleront largement, au-delà des seuls cercles universitaires, jusqu’aux consommateurs, aux professionnels et aux décideurs politiques. Onze mille personnes ont participé aux 71 études recensées dans ce travail.


