Depuis novembre 2025, les plages horaires des heures creuses changent progressivement
Depuis le 1er novembre 2025, les heures creuses ne suivent plus le même calendrier. Une réforme engagée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) modifie en profondeur les plages horaires pour 14,5 millions de foyers français. L’objectif : adapter les comportements de consommation au nouveau visage du système électrique national, marqué par la montée en puissance de la production solaire. Après une première phase achevée en juin 2026, qui a concerné 1,7 million de clients, une seconde vague, dix fois plus large, s’enclenche dès la fin de l’été 2026. Elle touche 9,3 millions de ménages supplémentaires, selon JeChange.
Le principe qui guidait les heures creuses depuis des décennies s’effondre. Hérité de l’époque du tout nucléaire, il encourageait la consommation nocturne pour lisser la production des centrales. Le nouveau dispositif introduit une logique saisonnière : il récompense désormais les usages en milieu de journée durant l’été, lorsque les panneaux photovoltaïques produisent massivement. Pour continuer à profiter des tarifs avantageux, les ménages doivent repenser leurs habitudes.
Un déploiement étalé jusqu’en octobre 2027, commune par commune
La réforme se déploie en deux temps. La première phase, achevée en juin 2026, a concerné 1,7 million de foyers dont les heures creuses étaient placées sur des créneaux matinaux ou de début de soirée, appelés à disparaître. Leurs plages horaires ont été ajustées, sans basculer encore vers un système pleinement saisonnier.
La deuxième étape change radicalement d’échelle. Elle concerne 9,3 millions de clients supplémentaires, avec des bascules progressives étalées de la fin du second semestre 2026 jusqu’à octobre 2027, selon le calendrier publié par Enedis. Les clients professionnels suivront d’ici fin 2027. Au total, seuls 3,5 millions de foyers disposent déjà d’horaires conformes aux nouvelles règles et ne connaîtront aucun changement. Tous les autres passeront au nouveau régime d’ici l’automne 2027.
Chaque foyer basculera à une date qui lui est propre, déterminée commune par commune par Enedis. Le circuit d’information est strictement encadré : le gestionnaire de réseau prévient les fournisseurs six mois avant chaque changement, et les fournisseurs doivent notifier leurs clients au moins un mois avant la date effective, par courrier ou par courriel. Les nouveaux horaires figureront ensuite sur la facture, l’espace client en ligne et l’application mobile du fournisseur.
Des heures creuses qui suivent désormais le rythme du soleil
Le principe de base demeure inchangé : chaque foyer conserve huit heures creuses par jour. Leur répartition, en revanche, évolue radicalement. Les nouveaux horaires comportent au moins cinq heures consécutives la nuit, entre 23 heures et 7 heures du matin, complétées par un bloc pouvant atteindre trois heures l’après-midi, entre 11 heures et 17 heures. Les créneaux du matin (7 heures à 11 heures) et de début de soirée (17 heures à 23 heures) disparaissent progressivement.
La vraie nouveauté de la seconde vague réside dans la saisonnalité. En période estivale, du 1er avril au 31 octobre, les foyers concernés bénéficieront d’heures creuses l’après-midi en plus de celles de la nuit. En hiver, du 1er novembre au 31 mars, les huit heures pourront être regroupées la nuit, par exemple de 23 heures à 7 heures, quand la production solaire se fait rare. Selon Engie, l’alternance suit une logique nouvelle du système électrique français : avec l’essor du solaire, l’électricité est désormais la plus abondante et la moins chère entre 11 heures et 17 heures, quand les panneaux photovoltaïques produisent à plein régime.
Enedis estime que la réforme déplacera environ 5 gigawatts de consommation vers les après-midis des mois les plus ensoleillés, soit l’équivalent de la production de plusieurs réacteurs nucléaires. Lancer son ballon d’eau chaude ou recharger sa voiture électrique à 14 heures devient un geste rentable pour le foyer comme pour le réseau, et l’un des plus efficaces pour consommer une électricité réellement décarbonée.
Quels équipements reprogrammer pour éviter la facture salée ?
Pour l’équipement le plus répandu, le ballon d’eau chaude raccordé à un contacteur jour-nuit, le changement sera transparent. Le compteur Linky pilote automatiquement son déclenchement, sans intervention du client. La bascule s’effectue à distance, sans changement de compteur ni de contrat.
En revanche, tout ce qui repose sur une programmation manuelle devra être mis à jour pour continuer à profiter des tarifs avantageux : la borne de recharge d’une voiture électrique réglée sur les anciens créneaux, le lave-linge, le sèche-linge ou le lave-vaisselle lancés en départ différé, les radiateurs, pompes à chaleur et chauffe-eau pilotés par une horloge de programmation.
Un oubli ne coupe rien, mais il coûte. Un appareil qui continue de tourner sur les anciens horaires consommera en heures pleines, facturées 20 à 30 % plus cher que les heures creuses selon les offres. Pour les ménages équipés de bornes de recharge, l’enjeu financier peut rapidement devenir significatif : une voiture électrique consommant 15 kilowattheures pour 100 kilomètres et parcourant 15 000 kilomètres par an représente une consommation annuelle de 2 250 kilowattheures, soit environ 300 euros de différence entre heures pleines et heures creuses sur une année.
L’occasion de vérifier la pertinence de son contrat
Le grand chamboulement des horaires constitue aussi le bon moment pour réinterroger son contrat. Une option heures pleines-heures creuses n’est avantageuse que si une part suffisante de la consommation bascule réellement sur les créneaux à prix réduit. Les nouveaux horaires d’après-midi favorisent les foyers présents en journée : télétravailleurs, retraités, familles équipées d’une voiture électrique ou d’une climatisation.
À l’inverse, un ménage absent toute la journée et déjà peu consommateur la nuit peut avoir intérêt à repasser en option Base, voire à changer d’offre. Les écarts de prix entre fournisseurs restent importants, y compris en heures pleines-heures creuses. Selon les données publiées par JeChange en juillet 2026, les trois offres les moins chères en option heures pleines-heures creuses affichent des tarifs d’abonnement allant de 189,96 à 196,32 euros par an, avec des prix du kilowattheure en heures creuses oscillant entre 0,1337 et 0,1385 euro.
Pour un profil type de 6 kilovoltampères et une consommation de 4 287 kilowattheures par an, les écarts peuvent représenter plusieurs dizaines d’euros annuels. La CRE recommande aux consommateurs de comparer régulièrement les offres, notamment à l’occasion du changement d’horaires qui modifie structurellement les conditions d’usage de l’option heures creuses. Une démarche qui peut s’avérer d’autant plus pertinente dans un contexte où les syndicats d’EDF, Enedis et GRDF se mobilisent contre la réforme du tarif agent.
Un compteur Linky indispensable pour profiter du nouveau système
Pour bénéficier des tarifs avantageux lors des heures creuses, les foyers doivent obligatoirement être équipés d’un compteur Linky, capable de mesurer la consommation en temps réel et d’appliquer automatiquement les tarifs correspondants. Le dispositif, déjà largement déployé en France avec plus de 35 millions d’unités installées, est indispensable pour profiter pleinement de la nouvelle tarification saisonnière.
Sans compteur communicant, impossible de suivre les nouveaux horaires qui varient selon les saisons et les communes. Le compteur Linky permet également aux fournisseurs de transmettre aux clients des informations détaillées sur leur consommation, facilitant l’identification des postes les plus énergivores et l’ajustement des comportements. Selon Presse-Citron, il est impossible de connaître ses futurs horaires à l’avance, car Enedis les fixe commune par commune en fonction des contraintes locales du réseau.
Une adaptation aux réalités du mix énergétique français
La réforme traduit une mutation profonde du système électrique français. Pendant des décennies, les heures creuses nocturnes répondaient à une logique simple : les centrales nucléaires produisent en continu, et il fallait inciter les ménages à consommer la nuit pour éviter de gaspiller la production. Avec le développement massif du solaire, la donne change. La production photovoltaïque atteint des sommets en milieu de journée, particulièrement durant les mois d’été, créant parfois des excédents que le réseau peine à absorber.
En déplaçant une partie de la consommation vers les créneaux ensoleillés, la réforme vise à mieux équilibrer offre et demande, à réduire les tensions sur le réseau et à maximiser l’usage d’une électricité décarbonée. Pour les foyers qui adaptent leurs usages dès maintenant, l’avantage est double : une facture allégée et une empreinte carbone réduite. Les ménages qui anticipent la transition en reprogrammant leurs équipements prendront une longueur d’avance sur leur budget énergétique, dans un contexte où les prix de l’énergie restent une préoccupation majeure pour des millions de Français.



