Mutuelles : des mariages presque toujours heureux

  • Publié le: mardi 12 avril 2016

Observé depuis plusieurs années, le regroupement de mutuelles s’est accéléré avec l’application de la loi ANI (Accord national interprofessionnel) en début d’année. Mais les greffes ne prennent pas toujours, à l’image du projet Viverem récemment avorté entre la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH) et le Groupe Pasteur Mutualité (GPM).

Depuis le 1er janvier 2016, la loi ANI impose à chaque entreprise, quelle que soit sa taille, de proposer à l’ensemble de ses salariés une complémentaire santé financée au moins pour moitié par l’employeur. Face à l’explosion annoncée des contrats collectifs, les mutuelles ont donc multiplié les rapprochements depuis le vote de la loi en janvier 2013. Après MNT avec SMACL Assurances et Harmonie Mutuelle avec la MGEN, Malakoff Médéric et La Mutuelle Générale ont à leur tour signé un partenariat d’assurance santé en avril 2015 pour rester compétitives dans un marché à risques très concurrentiel.

Mutualisation des moyens

Pour les mutuelles, historiquement orientées davantage vers les contrats individuels, ces unions semblent indispensables pour résister à l’emprise tentaculaire des grands groupes d’assurances privées. En plus de proposer des prestations à plus grande échelle, elles espèrent également gagner en performance pour retenir les conjoints de salariés, qui peuvent à présent bénéficier de la mutuelle d’entreprise de leur moitié(e). Selon les prévisions du cabinet de conseil Sia Partners, le nombre de complémentaires santé devrait être divisé par deux courant 2016 et par quatre fois d’ici 2018 par rapport à fin 2012. Il ne devrait donc plus rester qu’une centaine de mutuelles non-substituées en 2018. Dans le même temps, cette généralisation des contrats collectifs devrait entraîner une contraction d’environ 10 % des parts de marché, soit une perte de 2,1 milliards d’euros de cotisations annuelles.

Que ce soit sous la forme d’une fusion, d’un transfert de portefeuilles ou d’un GIE (Groupement d’intérêt économique), les regroupements de mutuelles présentent des intérêts non négligeables dans un marché de plus en plus dense. L’augmentation des capacités d’investissement et la mutualisation des moyens constituent les principales armes des structures partenaires pour ne pas voir se vider leur portefeuille-clients. Elles permettent notamment de réduire les frais de gestion pour les dommages en proposant des tarifs plus ciblés et d’améliorer la visibilité des différentes offres en associant les réseaux respectifs de professionnels de santé et en finançant des campagnes de communication d’envergure.

L’exception Viverem

Même Philippe Mixe, président de la Fédération nationale indépendante des mutuelles (FNIM), reconnaissait dès 2013 l’intérêt de nouer des partenariats avec des structures extérieures, arguant « qu’indépendance n’est pas synonyme d’isolement ». Mais aussi judicieuses soient-elles, les unions entre mutuelles ne sont pas toujours fructueuses ni éternelles, à l’image de feu l’ambitieux projet Viverem entre MNH et GPM.

Déjà partenaires lors de la création de la société de courtage Orsane en 2013, les deux poids lourds de l’assurance des personnels médicaux et paramédicaux semblaient pourtant faits pour s’entendre. Tandis que MNH se positionne essentiellement sur les personnels hospitaliers, GPM accompagne une majorité de médecins libéraux. Avec un chiffre d’affaires prévisionnel évalué à 1,1 milliard d’euros par an et plus d’1,3 million de professionnels protégés, l’Union mutualiste de groupe (UMG) créée par les deux structures en juillet 2015 avait de solides cartes en main.

L’annonce récente de sa probable dissolution à la suite de l’éviction du conseil d’administration de Thierry Lorente, directeur général de GPM, a donc suscité autant de surprise que d’incompréhension, tant le mariage entre les deux groupes semblait gagnant-gagnant. Mais le désir de M. Lorente de voir le conflit porté devant un tribunal atténuerait d’autant plus les chances de l’UMG de perdurer. Cette séparation pourrait coûter cher à GPM, le plus petit des deux, qui a déjà accusé près de 23 millions de pertes en 2012 après la rupture du partenariat avec le courtier-grossiste Assor.

Difficile de connaître les raisons ou les causes réelles dans le litige entre GPM et la MNH. Une chose est sûre cependant : « les mutuelles ont intérêt à trouver des accords pour avoir de plus gros portefeuilles de clients et proposer des offres capables de rivaliser avec la concurrence et le lobbying des groupes assurantiels privés », analysait Jacques Bride, membre du bureau fédéral de FO Territoriaux, il y a un peu plus d’un an, alors que les regroupements de mutuelles étaient déjà d’actualité. D’où l’incompréhensible choix de Viverem, qui fait assurément office d’exception dans le paysage mutualiste actuel.

 

Crédits photo : AFP/Sakutin

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