Ceuta débordée par l’arrivée de migrants, l’Italie menace de suspendre Schengen avec l’Espagne

Neuf morts, 1 500 arrivées en quelques jours, des centres saturés : Ceuta craque. L’Italie brandit la menace ultime contre l’Espagne. Jusqu’où ira cette crise migratoire aux portes de l’Europe ?

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Ceuta débordée par l'arrivée de migrants, l'Italie menace de suspendre Schengen avec l'Espagne
Ceuta débordée par l’arrivée de migrants, l’Italie menace de suspendre Schengen avec l’Espagne © Social Mag

Giorgia Meloni, la première ministre italienne d’extrême droite, a affirmé jeudi 30 juillet 2026 que son gouvernement était en train de réunir les instances compétentes et qu’à l’issue de ces réunions, il serait prêt à agir, y compris par des mesures exceptionnelles, comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne.

Cette déclaration vise directement Madrid. En cause : l’afflux massif de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, où plus de 1 500 personnes sont arrivées par la mer en quelques jours depuis le Maroc.

Meloni a évoqué des « images choquantes » et assuré que « l’Italie ne restera pas les bras croisés ». Son gouvernement n’est pas isolé sur ce dossier. Antonio Tajani, vice-premier ministre et chef de la diplomatie italienne, membre du parti Forza Italia, s’est dit lui aussi favorable à la fermeture de l’espace Schengen avec l’Espagne.

Il dénonce le choix de Madrid d’avoir accordé la citoyenneté espagnole, donc européenne, à plus de 500 000 immigrés irréguliers, une décision qui encourage le trafic d’êtres humains selon lui. Matteo Salvini, autre vice-premier ministre et chef du parti la Ligue, a enfoncé le clou sur X, appelant à suspendre Schengen et à défendre les frontières de l’Europe.

Neuf morts en tentant de rejoindre Ceuta à la nage

Sur le terrain, la situation reste tendue. Selon franceinfo, neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre Ceuta à la nage depuis le Maroc, un bilan qui vient s’ajouter à celui, déjà lourd, de ces traversées, qui ne cesse de s’alourdir. Environ 300 personnes franchissent chaque jour la frontière maritime, à la nage ou à l’aide de bouées et de palmes, souvent de jeunes hommes mais aussi des femmes et des enfants.

Plus de 600 sauvetages en mer ont eu lieu ces derniers jours, mobilisant la Garde civile espagnole, les secours maritimes et la Croix-Rouge.

Le centre d’accueil temporaire des immigrés de Ceuta, prévu pour 500 places, est complètement saturé. Des centaines de personnes dorment à même la route, dans des files d’attente interminables et des campements improvisés à travers la ville. Juan Jesus Vivas, chef du gouvernement local de Ceuta, qualifie la situation d’extrêmement grave et affirme que « les centres d’accueil sont tous bondés ».

Vivas a demandé au gouvernement espagnol de déclarer l’état d’urgence national et de prendre en charge une gestion centralisée de la crise, réclamant que Madrid mobilise des ressources pour assumer la charge financière que représente cette situation pour la ville.

Le gouvernement a refusé. Des sources du ministère de l’Intérieur justifient ce refus en expliquant que la réglementation de l’État en matière de protection civile ne considère pas les flux migratoires comme un risque relevant du Système national de protection civile, et qu’aucun plan spécifique n’est prévu pour ce type de situation.

Le ministère espagnol de l’Intérieur a néanmoins annoncé dans un communiqué que les Forces armées renforceraient la Garde civile « dans l’exercice de ses compétences et celles qui pourraient s’avérer nécessaires pour maintenir la sécurité dans la ville de Ceuta ». Fernando Grande-Marlaska, ministre espagnol de l’Intérieur, assure que les autorités font face « avec les moyens déjà déployés sur place, de façon permanente ».

Des rumeurs d’ouverture de la frontière

Côté marocain, des centaines de personnes ont convergé jeudi soir vers la ville de Fnideq, au nord du pays, après des rumeurs d’ouverture de la frontière avec Ceuta, selon un correspondant de l’AFP. À environ 15 kilomètres de l’entrée de la ville, qui jouxte l’enclave espagnole, la route était encombrée de véhicules transportant des jeunes, dont des mineurs.

D’autres groupes marchaient le long de la route puis empruntaient des chemins secondaires pour éviter les barrages de la gendarmerie marocaine.

Ces événements coïncident avec la Fête du Trône, célébrée au Maroc. Le roi Mohammed VI présidait justement jeudi la réception officielle traditionnelle organisée à cette occasion dans la ville de M’diq, à une vingtaine de kilomètres de Fnideq.

La délégation du gouvernement espagnol affirme que la gendarmerie marocaine coopère face à ces traversées. Des sources internes à la Garde civile de Ceuta jugent au contraire cette aide superficielle, incapable d’endiguer la pression migratoire. Sur les plages de la digue de Tarajal, les migrants laissent derrière eux bouées gonflables, palmes et quelques combinaisons de plongée.

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