Chaque année, des milliers de victimes d’AVC en France ne bénéficient pas d’un traitement optimal, malgré les avancées médicales. La Haute Autorité de santé et la Cour des comptes pointent des inégalités territoriales criantes et un manque de coordination dans la prise en charge de cette urgence vitale.
Le 29 octobre 2025, la Cour des comptes et la Haute Autorité de santé (HAS) ont publié deux rapports convergents sur la prise en charge de l’accident vasculaire cérébral (AVC) en France. Selon ces institutions, les progrès réalisés depuis quinze ans ne suffisent plus : les victimes d’AVC restent trop nombreuses à ne pas recevoir les soins nécessaires à temps, notamment en raison des disparités régionales. L’AVC, première cause de mortalité chez la femme et deuxième chez l’homme, demeure un défi majeur pour le système de santé français.
Des inégalités criantes dans la prise en charge des victimes d’AVC
En France, environ 120 000 personnes sont victimes d’un AVC chaque année, selon la Cour des comptes. Parmi elles, plus de 30 000 décèdent, d’après la Haute Autorité de santé. Ces chiffres stables depuis plusieurs années traduisent un paradoxe : les moyens médicaux existent, mais leur accès reste inégal. Dans son rapport, la Cour des comptes souligne que la densité d’unités neuro-vasculaires (UNV) varie fortement d’une région à l’autre. Dans certains territoires ruraux, « un quart de la population adulte se trouve encore à plus de trente minutes du service spécialisé le plus proche », rapporte Le Dauphiné Libéré. Cette distance peut s’avérer fatale : chaque minute perdue réduit les chances de survie sans séquelle. Les victimes d’AVC ont pourtant besoin d’une hospitalisation rapide dans ces structures dédiées.
Mais selon Le Point, seulement 50 % des patients y sont admis, loin de l’objectif national de 90 %. Une situation qualifiée de « préoccupante » par plusieurs professionnels interrogés. Comme le rappelle un neurologue cité par le magazine : « Une minute de perdue se traduit par la perte de deux millions de neurones. » Ces retards sont souvent dus à des difficultés de transport, à des délais de diagnostic, mais aussi à des différences de ressources médicales entre hôpitaux. Les régions d’Île-de-France et des Hauts-de-France concentrent la majorité des UNV, tandis que la Bretagne, la Corse ou certaines zones du Massif central en manquent cruellement. Ainsi, la prise en charge des victimes d’AVC illustre une fracture sanitaire que la Cour des comptes qualifie de « persistante ». Les rapports alertent également sur le manque de personnels formés et sur l’insuffisance de suivi post-hospitalier, pourtant crucial pour limiter les séquelles et prévenir les récidives.
Des progrès médicaux réels, mais inégalement répartis
Depuis une dizaine d’années, la médecine de l’AVC a fait des progrès considérables. Les traitements de reperfusion, comme la thrombolyse ou la thrombectomie mécanique, permettent de sauver des vies et de réduire les handicaps. Cependant, ces techniques nécessitent une intervention rapide, dans les quatre heures suivant les premiers symptômes. Or, selon la HAS, trop peu de patients arrivent dans ces délais. La chaîne de soins, du repérage à la rééducation, reste fragmentée et inégale selon les territoires, estime l’autorité sanitaire dans son communiqué du 28 octobre 2025. Le diagnostic précoce dépend largement de la connaissance des signes d’alerte par le grand public : paralysie soudaine, trouble de la parole, vision brouillée. Or, moins d’un Français sur deux les identifie correctement. L’information et la prévention figurent ainsi au cœur des recommandations de la HAS, qui préconise une campagne nationale sur le modèle de celles menées contre l’infarctus.
La Cour des comptes abonde dans le même sens, elle appelle à un renforcement des moyens consacrés à la prévention, notamment en matière de dépistage de l’hypertension, du diabète et du tabagisme, principaux facteurs de risque. Mais la difficulté tient aussi à la disponibilité des infrastructures. Certaines unités de soins intensifs sont saturées. D’autres manquent de personnel. La télémédecine, censée pallier ces manques, peine encore à se déployer pleinement. Dans plusieurs départements, les consultations à distance n’ont pas permis de réduire significativement les délais d’accès aux soins d’urgence. Malgré tout, les progrès réalisés ne doivent pas être minimisés : le taux de mortalité après un AVC a reculé de 25 % en vingt ans, selon la HAS. Cependant, le nombre de patients vivant avec des séquelles lourdes reste important, estimé à plus de 500 000 personnes en France. Ces séquelles représentent un coût humain et économique majeur.
