Quelque 66,5 millions de travailleurs domestiques dans le monde exercent dans l’emploi informel, soit environ 83 % des 80 millions de personnes employées dans ce secteur. Ces estimations pour 2025 ont été présentées le 27 octobre 2026 à Genève par l’Organisation internationale du travail (OIT), à l’occasion du quinzième anniversaire de sa convention sur les travailleuses et travailleurs domestiques. Elles concernent les personnes rémunérées pour le ménage, la préparation des repas, la garde d’enfants ou l’accompagnement à domicile.
Les chiffres présentés lors du point de presse des Nations unies à Genève mettent en lumière un paradoxe : ces emplois permettent à des millions de familles de travailler et de s’occuper de leurs proches, mais leurs titulaires restent particulièrement exposés à une protection sociale insuffisante, à des rémunérations faibles et à des horaires irréguliers. L’OIT avait annoncé la publication de ces nouvelles estimations le 22 octobre.
Un secteur de 80 millions de personnes, majoritairement féminin
La main-d’œuvre domestique mondiale est passée de 75,6 millions de personnes en 2019 à environ 80 millions en 2025. Cette progression ne traduit pas une explosion de sa place dans l’emploi : selon l’OIT, le secteur représente toujours environ 2,2 % de l’emploi total mondial. La croissance est concentrée dans certaines régions et accompagne en partie l’augmentation générale de l’emploi.
Les femmes représentent 77,2 % des travailleurs domestiques. Elles occupent notamment les postes liés à l’entretien des logements, à la garde des enfants et à l’aide aux personnes âgées ou handicapées. La situation varie fortement d’une région à l’autre : d’après les données reprises par l’agence Anadolu, l’informalité touche 93,3 % de ces travailleurs en Afrique, tandis que l’Europe et l’Asie centrale présentent les taux régionaux les plus faibles, tout en conservant une proportion supérieure à un tiers.
L’OIT définit ici l’emploi informel par l’absence ou l’insuffisance de protection effective en matière de travail et de sécurité sociale. Les situations nationales sont donc diverses. Dans plus de la moitié des pays disposant de données comparables entre 2019 et 2025, l’informalité a reculé, même si son poids demeure très élevé à l’échelle mondiale.
Des rémunérations modestes et des horaires parfois extrêmes
En moyenne mondiale, les travailleurs domestiques perçoivent une rémunération mensuelle équivalente à 53,3 % de celle des autres salariés, contre 56,4 % en 2019. Parmi ceux qui travaillent dans l’informel, le ratio tombe à 48,7 %. Ces comparaisons portent sur les revenus mensuels : elles reflètent aussi des durées de travail différentes et ne doivent pas être interprétées comme des écarts de salaire horaire à poste identique.
Le temps de travail présente deux extrêmes. Selon l’OIT, 35,2 % des travailleurs domestiques effectuent au moins 49 heures par semaine, dont 14,6 % atteignent ou dépassent 60 heures. D’autres cumulent au contraire de courtes interventions auprès de plusieurs ménages pour obtenir un revenu suffisant. Cette fragmentation complique l’accès à des revenus réguliers et à des droits effectivement exercés.
En France, la question du travail déclaré et de l’attractivité des métiers
Ces statistiques internationales ne décrivent pas directement la situation française. Elles font néanmoins écho à un secteur important pour les familles : la Fédération des particuliers employeurs de France recensait, dans son rapport de branche publié en 2025, environ 1,2 million de salariés et 3,4 millions de particuliers employeurs, sur un périmètre comprenant notamment l’emploi à domicile et les assistants maternels. La fédération estimait que près de 600 000 emplois seraient à pourvoir d’ici à 2035, notamment sous l’effet des départs à la retraite et du vieillissement démographique.
Pour les ménages français qui emploient directement une personne à domicile, la déclaration et le respect des règles conventionnelles constituent des éléments concrets de cette protection. Le portail Service-public détaille les conditions du contrat de travail et les obligations du particulier employeur, notamment lorsque la rémunération est déclarée au moyen du chèque emploi service universel (Cesu). Pour l’accompagnement d’une personne en perte d’autonomie ou handicapée, l’allocation personnalisée d’autonomie et la prestation de compensation du handicap peuvent, selon les conditions applicables, financer une aide à domicile.
Le vieillissement des populations et l’évolution des besoins de garde et d’accompagnement devraient maintenir une forte demande de services à domicile. Pour l’OIT, la question centrale est désormais la capacité des États à transformer cette demande en emplois déclarés, correctement rémunérés et socialement protégés. La convention internationale n° 189, adoptée en 2011, fournit un cadre de référence pour ces politiques.
