En Espagne, 10,7 % des enfants de moins de 16 ans étaient confrontés à des privations matérielles et sociales sévères en 2025. Pour l’ensemble de la population, ce taux atteignait 8,1 %. Ces chiffres, analysés dans une étude publiée le 26 octobre par Funcas, éclairent une fracture persistante entre générations : les difficultés quotidiennes touchent davantage les enfants que les personnes âgées.
Le centre de recherche espagnol souligne également le décalage entre l’expansion économique et l’évolution des conditions de vie des plus fragiles. Après plusieurs années de croissance et de créations d’emplois, la proportion de personnes cumulant les privations les plus graves demeure élevée.
Ce que recouvrent les privations matérielles et sociales
L’indicateur européen ne se limite pas au niveau des revenus. Il recense les personnes qui, pour des raisons financières, ne peuvent accéder à au moins sept éléments d’une liste de treize biens, services ou activités considérés comme nécessaires à une vie convenable.
Cette liste comprend notamment la capacité à chauffer correctement son logement, à faire face à une dépense imprévue, à remplacer des vêtements usés, à prendre des vacances ou à participer régulièrement à des activités sociales. La définition statistique d’Eurostat prend en compte des difficultés propres au foyer et d’autres vécues individuellement.
Le seuil retenu pour qualifier la privation de sévère est donc plus exigeant que celui de l’indicateur général de privation matérielle et sociale. Cette distinction importe pour lire les résultats : les 10,7 % observés chez les moins de 16 ans correspondent à un cumul particulièrement important de renoncements, et non à l’ensemble des enfants rencontrant une difficulté financière.
Les enfants plus exposés, les seniors relativement protégés
Le contraste avec les personnes âgées est net. En 2025, le taux de privation matérielle et sociale sévère s’établissait à 4,7 % parmi les Espagnols de 65 ans et plus, soit moins de la moitié de celui des enfants de moins de 16 ans. Chez les 30-64 ans, il atteignait 8,8 %.
La situation des seniors s’est améliorée depuis 2018, année où leur taux avait atteint 8,1 %. Les chercheurs de Funcas examinent notamment le rôle de l’évolution des pensions et de leur pouvoir d’achat dans cette trajectoire. Ils soulignent que les revenus des ménages âgés ont été relativement mieux préservés que ceux d’autres catégories lors de plusieurs épisodes de crise.
Pour les enfants, l’exposition aux privations dépend aussi des ressources et des dépenses de leur foyer. Sur la période 2015-2025, leur taux de privation matérielle et sociale sévère a dépassé en moyenne le taux national d’environ trois points. Cette différence s’inscrit dans la durée.
L’Espagne s’éloigne de la moyenne européenne
La comparaison entre pays révèle un autre changement. En 2015, l’Espagne affichait un taux de privation matérielle et sociale sévère de 7,4 %, inférieur à la moyenne de l’Union européenne, alors située à 9,7 %. Dix ans plus tard, le taux espagnol atteignait 8,1 %, tandis que la moyenne européenne était descendue à 6,3 %.
Selon la synthèse de Funcas, l’Espagne est ainsi passée du quinzième au cinquième rang des vingt-sept États membres classés du taux le plus élevé au plus faible. Ce déplacement traduit à la fois la persistance des difficultés espagnoles et les progrès accomplis dans de nombreux autres pays européens.
Les chercheurs rappellent que les deux indicateurs historiques de privation n’évoluent pas exactement de la même manière. La mesure européenne actuelle intègre davantage les dimensions de participation sociale, comme la possibilité de rencontrer des proches ou de pratiquer des loisirs. Elle apporte une lecture complémentaire à celle de la pauvreté monétaire.
Une croissance qui profite inégalement aux ménages
Dans son analyse, Funcas relève que l’amélioration de l’activité économique et de l’emploi ne s’est traduite que très partiellement par une réduction de la part des habitants soumis aux privations les plus lourdes. Cette proportion a oscillé autour de 8,5 % pendant la dernière décennie, pour s’établir à 8,1 % en 2025.
La présentation des résultats par Europa Press met également en évidence la situation des ménages avec enfants. La question dépasse le seul accès à un emploi : les ressources disponibles doivent aussi permettre de couvrir les dépenses indispensables et de préserver une vie sociale ordinaire.
En Espagne, la différence entre les moins de 16 ans et les plus de 65 ans montre combien l’âge et la composition familiale restent déterminants dans l’expérience concrète des difficultés économiques.