2,2 millions d’élèves scolarisés dans l’enseignement privé sous contrat, des milliers de salariés de la SNCF, des agents du secteur public : le 5 novembre, ce ne sont pas des chiffres qui descendent dans la rue, ce sont des femmes et des hommes fatigués d’une revalorisation de 1,3% quand le Smic augmente de 2,41%. Pour la première fois, le secteur privé dit « non » collectivement.
La grève du 5 novembre marque un tournant dans l’histoire sociale française. L’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, Unsa, FSU) appelle à une mobilisation massive pour les salaires, les services publics et l’emploi. Mais au-delà de l’appel traditionnel, un événement inédit se produit : tous les syndicats de l’enseignement privé sous contrat rejoignent le mouvement, du jamais vu dans le secteur privé.
« On n’en peut plus » : la revendication salariale au cœur du mouvement
La colère salariale n’épargne plus aucun secteur. Les enseignants du privé sous contrat, qui représentent 17% des élèves français scolarisés, sortent de leur réserve habituelle. Leur mobilisation illustre une fracture sociale profonde entre les propositions patronales et les attentes des salariés.
L’écart qui fâche : 1,3% de revalorisation contre 2,41% pour le Smic
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les syndicats employeurs du privé proposent une revalorisation de 1,3%, soit environ 2 euros brut par mois pour les enseignants. Dans le même temps, le Smic augmente de 2,41%. L’écart creuse un sentiment d’injustice palpable chez les salariés du privé sous contrat, pourtant financés à 80% par l’État.
« La colère est immense. La situation du pays est fragile. Il faut sans attendre répondre aux urgences sociales et environnementales », martèle l’intersyndicale dans son communiqué commun. Cette formulation, loin des habituelles déclarations policées, traduit une exaspération croissante face aux propositions jugées dérisoires.
Enseignement privé : les salariés invisibles se mobilisent
Quatre organisations syndicales (Fep-CFDT, SNEPL-CFTC, SNPEFP-CGT, SYNEP CFE-CGC) appellent ensemble à la grève pour la première fois. Le basculement du privé sous contrat signale un ras-le-bol généralisé qui dépasse les clivages traditionnels entre public et privé.
Ces enseignants, souvent perçus comme privilégiés par rapport au secteur public, subissent pourtant des conditions de travail difficiles : classes surchargées, salaires inférieurs à leurs homologues du public à ancienneté égale, précarité contractuelle. Leur entrée dans la mobilisation du 5 novembre élargit considérablement la portée du mouvement social.
Au-delà des salaires : services publics et emploi en jeu
Les revendications salariales ne constituent qu’une partie du tableau. La mobilisation du 5 novembre s’inscrit dans une contestation plus large des choix budgétaires gouvernementaux pour 2027, perçus comme une menace directe sur les services publics et l’emploi.
Pourquoi le secteur privé rejoint le combat pour les services publics
Paradoxalement, les salariés du privé sous contrat défendent les services publics. Leur statut hybride (employés privés, financés par l’État) les place au cœur de la tension entre rentabilité économique et mission d’intérêt général. Les mesures d’économies annoncées pour 2027 menacent directement leurs postes et leurs conditions d’exercice.
Les secteurs mobilisés le 5 novembre couvrent l’ensemble du spectre public-privé : SNCF (CGT-Cheminots, Unsa-Ferroviaire, Sud-Rail, CFDT-Cheminots), Éducation nationale (Snes-FSU, FSU-SNUipp), fonction publique territoriale et hospitalière.
L’emploi menacé : la vraie préoccupation des salariés
Derrière les revendications salariales se cache une inquiétude plus profonde : la pérennité de l’emploi. Les salariés du privé sous contrat craignent une réduction des subventions publiques qui pourrait entraîner des suppressions de postes massives. Dans un contexte où les manifestations d’octobre ont révélé des fractures sociales profondes, l’emploi devient un enjeu central de la mobilisation.
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, fixe le cap : « L’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais ». Cette déclaration, prononcée le 21 octobre selon Le Figaro, annonce une stratégie d’intensification du mouvement social au-delà du 5 novembre.
Deux millions d’élèves et leurs familles : l’impact humain de la grève
La grève du 5 novembre touchera directement 2,2 millions d’élèves scolarisés dans le privé sous contrat, sans compter les élèves du public. Les familles devront s’organiser, les entreprises anticiper les absences de salariés-parents. Dans un climat social tendu, les directions des ressources humaines préparent déjà des plans de continuité d’activité.
Les transports subiront également des perturbations majeures. La SNCF anticipe des perturbations importantes sur l’ensemble du réseau ferroviaire, compliquant les déplacements professionnels et personnels.
Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, confirme : « Le rendez-vous de mobilisation, c’est le 5 novembre ». Au-delà de la date, la question reste ouverte : cette journée marquera-t-elle le début d’un mouvement prolongé ou restera-t-elle un coup d’éclat isolé ? La réponse dépendra largement de la capacité du gouvernement et du patronat à entendre les revendications concrètes des salariés, particulièrement sur l’écart salarial qui cristallise la colère.
