Déserts médicaux, le gouvernement veut restreindre la pratique esthétique pour combattre la pénurie de médecins

Un laser à 100 000 euros, une consultation à 30 euros : comment les médecins esthétiques vont-ils boucler leurs fins de mois après ce plafond à 30 % ? La réponse risque de surprendre.

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Déserts médicaux, le gouvernement veut restreindre la pratique esthétique pour combattre la pénurie de médecins
Déserts médicaux, le gouvernement veut restreindre la pratique esthétique pour combattre la pénurie de médecins © Social Mag

Le gouvernement s’apprête à publier un décret qui limitera à 30 % de leur temps de travail l’activité esthétique des médecins qui la pratiquent, rapporte le 20 Minutes. Les 70 % restants devront obligatoirement rester consacrés à la spécialité d’origine du praticien, qu’il soit généraliste, dermatologue ou chirurgien.

Le texte impose aussi d’autres conditions. Avant de se lancer dans l’esthétique, un médecin devra justifier de 5 ans d’exercice plein dans sa spécialité initiale. Il devra ensuite valider une formation théorique et pratique, dont le contenu précis sera fixé plus tard par arrêté.

Le gouvernement affiche un objectif : récupérer du temps thérapeutique pour les patients, dans un contexte où de nombreux Français peinent à trouver un médecin, qu’il soit généraliste ou spécialiste. La médecine esthétique, très rémunératrice et non remboursée par l’Assurance maladie, est accusée de détourner des praticiens des soins classiques.

Selon le syndicat UME-SML, entre 2 800 et 5 000 médecins sur 125 000 médecins libéraux en France exerceraient une activité esthétique. Parmi eux, 1 500 généralistes la pratiqueraient, dont 500 exclusivement, le reste de l’activité étant assuré par un peu plus d’un millier de chirurgiens plasticiens. Le syndicat national de dermatologie-vénérologie avance de son côté que 35 % des 3 700 dermatologues français y consacreraient plus de 10 % de leur activité.

Les médecins esthétiques redoutent une désorganisation du secteur

Les représentants des médecins esthétiques ont découvert le projet de décret la semaine du 24 octobre 2026. Leur verdict est sans appel : la mesure ne facilitera pas l’accès aux soins, elle désorganisera uniquement leur secteur.

Françoise Archambault, secrétaire générale du syndicat national de la médecine esthétique, le dit sans détour : « On ne va pas combler les trous dans les déserts médicaux, parce qu’on n’est pas installés dans les déserts médicaux ». Médecin généraliste de formation, elle consacre actuellement l’intégralité de son temps à l’esthétique, à Saint-Nazaire.

Pour elle, plafonner l’activité à 30 % la rendra non viable pour beaucoup de confrères, à cause du coût du plateau technique. Elle rappelle qu’une machine laser coûte près de 100 000 euros, avant d’ajouter : « on ne pourra pas rembourser nos prêts avec la consultation à 30 euros ». Une épilation du visage, facture-t-elle elle-même, coûte entre 80 et 100 euros, loin du tarif d’une consultation de médecine générale.

Catherine Bergeret Galley, présidente du syndicat national de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, anticipe un autre effet du décret. Selon elle, « les médecins qui travaillent en indépendant ne pourront plus financer leur structure ». Des groupes privés prendraient alors le relais, avec des médecins salariés ou vacataires.

Les professionnels du secteur mettent en avant un argument économique : leur activité ne coûte rien à la Sécurité sociale et rapporte 20 % de TVA. Catherine Oliveres-Ghouti, présidente du Conseil national de dermatologie-vénérologie, y voit surtout un appoint pour les jeunes praticiens. « La médecine esthétique, c’est une bouffée d’oxygène financier pour les jeunes qui s’installent », affirme-t-elle, rappelant au passage que « la consultation de dermato est à 31,50 euros ».

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