« Ça va bien au-delà de la simple gêne. C’est un vrai problème de santé », affirme Benoit Peyronnet dans Ouest France.
Professeur urologue spécialisé dans les pathologies fonctionnelles au Centre hospitalier universitaire de Rennes, il évoque la nycturie dans un entretien accordé à l’édition du soir en décembre 2024. Les médecins parlent de nycturie à partir de deux levées nocturnes pour uriner, une pathologie qui touche aussi bien les hommes que les femmes.
Après 60 ans, la majorité des gens se lèvent au moins une fois dans la nuit, un phénomène que Peyronnet qualifie de vieillissement normal : le corps produit alors davantage d’urine. Chez les plus jeunes, une hormone antidiurétique met les reins en pause la nuit ; ce pic hormonal diminue avec l’âge.
Après 80 ans, la nycturie touche environ 40 % de la population. « Mais, au-delà d’une levée par nuit, c’est pathologique », prévient le médecin. Le sommeil se dégrade, l’humeur en pâtit, et le risque de dépression ou de chute augmente.
Contrairement à une idée reçue, la prostate n’explique pas l’essentiel des cas. Peyronnet précise qu’on a longtemps pensé que c’était le fait de la prostate, qu’on parlait même de prostatite, mais que cela ne représente qu’entre 20 % et 30 % des cas, pas plus, et que, d’ailleurs, les femmes se lèvent presque autant que les hommes. D’autres causes existent, comme une hyperactivité des reins ou de la vessie, ou encore l’apnée du sommeil.
Quatre réflexes pour limiter les réveils
- Premier geste : surveiller ce qu’on boit et mange le soir. Il est conseillé d’éviter de trop boire à partir de 18h-19h, la caféine et l’alcool étant des irritants de la vessie qui stimulent l’envie d’uriner. « Ce sont des irritants de la vessie, et donc ça stimule », résume le professeur.
- Même logique pour les épices, également déconseillées en soirée. Il ajoute que c’est démontré : si on boit moins à partir de 18h-19h, on se lève moins.
- Deuxième réflexe : limiter le sel, qui engendre une rétention d’eau, le corps ayant besoin de plus de liquide pour le diluer. Mieux vaut éviter le soir les aliments très riches en eau, comme les tomates, les melons ou les soupes.
- Troisième piste : la sieste. Pour lutter contre les œdèmes des membres inférieurs, marcher le soir, surélever les pieds devant la télévision ou porter des bas de contention aide à limiter la rétention. La position allongée de la sieste permet elle aussi de drainer l’œdème.
- Dernier conseil : muscler son plancher pelvien, particulièrement utile en cas de relâchement musculaire, notamment chez les femmes après un ou plusieurs accouchements. Des exercices simples existent pour contracter ces muscles internes, et un kinésithérapeute spécialisé peut accompagner la rééducation. Ce travail s’avère surtout efficace chez les personnes jeunes : « Surtout sur une personne jeune, ça peut aider », note Peyronnet.
Selon lui, ces mesures hygiéno-diététiques suffisent souvent à améliorer nettement la situation : « Rien qu’en appliquant tout ça, on peut vraiment améliorer la situation. »
La nycturie ne doit cependant pas être négligée, car elle peut être le marqueur d’une autre pathologie. Peyronnet recommande d’en parler à son médecin généraliste. Les praticiens demandent généralement au patient de tenir un catalogue mictionnel, en notant les horaires et les quantités d’urine.
« Généralement, on demande au patient de réaliser un catalogue mictionnel : c’est-à-dire qu’il note quand il va aux toilettes et quelle quantité d’urine. Ça nous donne déjà beaucoup d’indications », conclut-il.





