Publié le 26 mai 2026, le premier baromètre de Moderering apporte un éclairage inédit sur l’évolution des violences numériques au sein des réseaux sociaux, des plateformes communautaires, des services de discussion anonymes et des univers de jeux en ligne. Au-delà des contenus illicites eux-mêmes, l’étude met en évidence des mécanismes qui favorisent leur diffusion et leur banalisation. Alors que les jeunes passent une part croissante de leur vie en ligne, ces violences numériques soulèvent désormais des questions qui dépassent largement le cadre technologique pour toucher à l’éducation, à la santé mentale, à la protection de l’enfance et à la cohésion sociale.
Les violences numériques deviennent un défi majeur pour la société en ligne
Les données réunies par Moderering illustrent une mutation profonde des dangers auxquels sont confrontés les utilisateurs. Selon l’analyse de l’entreprise, 82 % des images et vidéos étudiées autour de Wyylde concerneraient des personnes n’ayant pas donné leur consentement à leur diffusion. Sur Gleese, cette proportion atteindrait 58 %. Derrière ces chiffres se dessine une réalité préoccupante : la facilité avec laquelle des contenus personnels peuvent être partagés sans autorisation contribue à fragiliser le respect de la vie privée et de la dignité des individus.
Cependant, le phénomène ne se limite pas aux contenus intimes. Les violences numériques prennent également la forme de harcèlement, d’usurpation d’identité, de manipulation ou de discours haineux. Selon le ministère de l’Intérieur, les atteintes numériques aux personnes représentaient déjà 103 300 infractions enregistrées en France en 2024. Plus inquiétant encore, les femmes constituaient 66 % des victimes majeures et 70 % des victimes mineures concernées. Ces chiffres traduisent une progression constante de comportements qui trouvent dans les espaces numériques un terrain particulièrement favorable à leur diffusion.
Les plus jeunes se retrouvent en première ligne face aux contenus illicites
L’une des principales alertes du baromètre concerne l’exposition des mineurs aux violences numériques. Sur Chatiw, l’analyse de Moderering montre une corrélation entre le jeune âge déclaré par les utilisateurs et la rapidité avec laquelle ils reçoivent des messages à caractère sexuel après leur connexion. Cette observation suggère l’existence de stratégies de ciblage de la part de certains profils malveillants, dans des environnements où les mécanismes de contrôle restent limités.
Le constat est tout aussi préoccupant dans les univers de jeux en ligne. Selon les données reprises dans le baromètre, près de 50 % des utilisateurs de Roblox auraient moins de 13 ans. Or ces plateformes ne sont plus de simples espaces de divertissement. Elles constituent aujourd’hui de véritables lieux de socialisation où les enfants échangent, construisent leur identité numérique et développent leurs relations sociales. Lorsque ces espaces sont insuffisamment sécurisés, les violences numériques peuvent avoir des conséquences durables sur le développement psychologique des plus jeunes.
Cette réalité préoccupe également les autorités européennes. La Commission européenne a ouvert une procédure formelle contre Meta afin d’évaluer la conformité de Facebook et Instagram aux exigences du Digital Services Act en matière de protection des mineurs. Les régulateurs s’inquiètent notamment des risques liés aux systèmes de recommandation, à l’exposition à certains contenus et aux dispositifs de protection jugés insuffisants pour les utilisateurs les plus jeunes.
Une prise de conscience collective qui impose de nouvelles réponses
Le principal enseignement du baromètre réside sans doute dans le changement de perspective qu’il propose. Pendant longtemps, la lutte contre les violences numériques s’est concentrée sur la suppression des contenus problématiques après leur signalement. Or, selon Alexandre Sossou, fondateur de Moderering, « le dommage survient souvent avant le signalement ». Cette observation remet en question les modèles traditionnels de modération et souligne les limites d’une intervention uniquement réactive.
Dans ce contexte, la détection proactive apparaît comme une évolution incontournable. Le Digital Services Act impose désormais aux grandes plateformes d’identifier et de réduire les risques systémiques liés aux contenus illicites, à la haine en ligne ou à la protection des mineurs. Cette évolution réglementaire reflète une prise de conscience plus large : les violences numériques ne relèvent plus seulement de la responsabilité des plateformes, mais concernent l’ensemble de la société.
L’intelligence artificielle constitue l’un des outils susceptibles d’accompagner cette transformation. Les technologies développées par Moderering reposent sur l’analyse automatisée de textes, d’images, de vidéos ou de conversations afin d’identifier les signaux faibles annonciateurs de comportements dangereux. L’objectif n’est plus uniquement de retirer les contenus illicites, mais de prévenir leur apparition ou leur propagation. Cette approche ouvre de nouvelles perspectives, tout en posant des questions essentielles sur l’équilibre entre protection des utilisateurs, respect des libertés individuelles et responsabilité des acteurs du numérique.
Au fond, les violences numériques révèlent les fragilités d’une société de plus en plus connectée. La protection des plus jeunes, la lutte contre le harcèlement et la préservation de la dignité humaine deviennent désormais des enjeux collectifs. Les chiffres du baromètre Moderering montrent que la question n’est plus de savoir si ces risques existent, mais comment les anticiper avant qu’ils ne produisent leurs effets les plus destructeurs.


