Les inégalités sociales se prolongent jusqu’à la retraite, en France. Les classes populaires et les personnes les moins diplômées subissent souvent une « double peine » : elles passent moins d’années à la retraite que les cadres, et l’écart se creuse encore pour les années vécues sans incapacité.
Ce que dit l’étude de l’Insee
Une étude récente de l’Insee, publiée dans la revue « Économie et statistique » et réalisée par Julien Blasco et Ulysse Lojkine, analyse ces disparités. Les auteurs ont exploité les données françaises de 2009 à 2019, en se concentrant sur les différences entre catégories socioprofessionnelles (ouvriers, cadres, etc.) et sur le rôle du niveau de diplôme. Ils comparent les périodes 2009-2013 et 2017-2019 pour suivre l’évolution de l’espérance de retraite passée sans incapacité.
L’espérance de retraite sans incapacité a progressé entre ces deux périodes. Mais l’écart entre les diplômés du supérieur et les titulaires du baccalauréat ou d’un diplôme inférieur s’est, lui, aggravé.
Les chiffres qui montrent les écarts
Dans le détail, une femme de 30 ans, toutes catégories confondues, a une espérance de durée de retraite de 24,3 ans, contre 20,2 ans pour un homme du même âge. En années sans incapacité, les femmes en comptent en moyenne 12,2, contre 10,8 pour les hommes. D’après les auteurs, l’avantage des femmes est plus marqué pour l’espérance de vie à la retraite que pour la vie sans incapacité.
Par catégorie socioprofessionnelle, l’écart devient plus net encore. Sur la période 2017-2019, un ouvrier de 30 ans peut espérer 18,9 années de retraite, soit 3,5 ans de moins qu’un cadre. Pour les années sans incapacité, l’écart atteint 4,9 ans, avec seulement 9,3 années espérées pour les ouvriers. « Le fait que les ouvriers partent en moyenne plus tôt à la retraite ne permet pas de compenser, d’une part leur plus faible espérance de vie, et d’autre part leur plus forte exposition aux problèmes de santé et à la perte d’autonomie », précisent Blasco et Lojkine.
Le rôle du diplôme dans la retraite
Le niveau de diplôme pèse lui aussi. Un homme sans diplôme voit son espérance de retraite totale réduite de 4,9 ans par rapport à un diplômé du supérieur, et de 5,7 ans pour les années sans incapacité. Chez les femmes, une employée compte 1,3 an de moins en espérance de retraite totale et 3,0 ans de moins en retraite sans incapacité qu’une cadre. Une femme diplômée du supérieur dépasse une femme sans diplôme de 5,2 ans en espérance de retraite totale, et de 6,6 ans en retraite sans incapacité.
Ces chiffres montrent combien l’accès à l’éducation et aux emplois qualifiés modifie les trajectoires de vie après l’âge du travail, dans un système contributif.






