À moins d’un an de l’élection présidentielle, un projet de rapport du Conseil d’orientation des retraites (Cor) relance le débat. Qualifié « d’explosif » par des journalistes qui l’ont consulté comme ceux de franceinfo, ce document propose de repousser progressivement l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans et 6 mois d’ici à 2070.
Cette recommandation s’appuie sur une prévision d’un déficit du système de retraites jugé « bien plus déséquilibré qu’anticipé ».
Un âge de départ qui recule
Aujourd’hui, l’âge légal de départ à la retraite est fixé à 62 ans et 9 mois. Selon les projections du Cor, il passerait à 64 ans et 4 mois d’ici 2030, puis à 65 ans et 8 mois en 2045, pour atteindre 67 ans et 6 mois en 2070.
Le rapport motive ce glissement par un creusement du déficit du système des retraites, qui pourrait atteindre 2,4 % du PIB en 2070, contre une prévision antérieure de 1,4 %.
Parmi les raisons évoquées figure la baisse de la natalité. Éric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques, explique : « Si le taux de fécondité chute, cela indique qu’il y aura moins d’actifs demain et, s’il y a moins d’actifs demain, il y a moins de cotisants et donc le système des retraites serait bien plus déséquilibré qu’anticipé. »
L’indice de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025, contre une hypothèse précédente de 1,8. Le Cor table désormais sur 1,45 enfant par femme dans les décennies à venir, une donnée inquiétante puisque les évolutions démographiques restent très incertaines au-delà de 20 ans.
Les propositions et les réactions
Pour combler le déficit, le projet de rapport envisage deux pistes principales : une hausse des cotisations retraite pour les actifs et une baisse des pensions futures. Ces mesures devraient être confirmées par le Cor jeudi 11 juin.
La société est divisée. Dans la rue, les avis varient. Un passant a dit : « Il faut travailler, il faut produire plus, et donc je pense que la durée du travail devrait être augmentée, et d’une manière significative. » D’autres s’opposent à cette vision : « Quand on voit nos parents, ils sont déjà bien usés par la vie pour pouvoir travailler plus. Je pense qu’ils ont mérité d’aller à la retraite plus vite. »
Un troisième avis relevé rappelle qu’il n’est tout simplement pas réaliste pour certains de continuer à travailler jusqu’à 65 ans.
Le document insiste aussi sur le fait que, malgré l’ampleur du déficit prévu, les dépenses de retraites, selon le Cor, pourraient rester soumises à une certaine maîtrise : les projections restent incertaines et doivent être interprétées avec prudence.
Les enjeux politiques et économiques
Ce rapport pourrait peser sur le débat public et politique à l’approche de l’élection présidentielle. Il présente aussi les nouveaux critères pour évaluer les retraites complémentaires gérées par les partenaires sociaux, comme l’Agirc-Arrco, qui appliqueront de nouvelles règles à partir de 2038.
Le gouvernement Lecornu a même suspendu temporairement la réforme des retraites de 2023, ce qui a entraîné un coût de 1,8 milliard d’euros.





