Plusieurs témoignages relayés, le 18 novembre, par des médias britanniques et français soulignent un phénomène singulier dans les rues de Londres. Des smartphones sont volés… puis rendus à leurs propriétaires lorsqu’ils ne sont pas de marque Apple. Face à des appareils Android, les voleurs se rétractent ou abandonnent leur larcin. Cette sélection, surprenante en apparence, répond en réalité à une logique économique précise.
À Londres, le vol de smartphones devient sélectif
La multiplication des agressions dans la capitale britannique n’est pas une nouveauté. En 2024, plus de 80 000 smartphones ont été dérobés à Londres, selon une estimation relayée par Mac4Ever. Pourtant, un glissement s’opère dans les comportements : les voleurs opèrent un tri. Plusieurs victimes racontent avoir été agressées… avant de se voir restituer leur téléphone après que le malfaiteur a identifié un modèle Android.
L’une d’elles, citée par le média London Centric, rapporte cette scène dans un quartier sud de Londres : « On m’a arraché mon téléphone. L’un des voleurs l’a regardé et m’a dit “On ne veut pas de Samsung”, puis il me l’a rendu. » Cette phrase, désormais emblématique, “Don’t want no Samsung”, est revenue dans plusieurs témoignages rapportés par Android Authority et PhonAndroid. Ces voleurs, loin d’agir au hasard, semblent parfaitement informés de la valeur de ce qu’ils ciblent. Le choix de l’iPhone devient stratégique, excluant Android de leur radar.
L’iPhone, un produit plus rentable sur le marché noir
Si cette hiérarchie peut étonner les utilisateurs, elle est limpide pour les spécialistes du secteur. Selon Jake Moore, expert en cybersécurité chez ESET, citée par 01net.com, « les appareils Apple ont une valeur marchande d’occasion plus élevée et il est plus judicieux, d’un point de vue économique, d’opter pour ces téléphones plus recherchés plutôt que des modèles moins chers ». En clair, un smartphone Android, même récent, subit une décote plus rapide. Il est aussi plus difficile à écouler, notamment à l’international, où certains marchés privilégient nettement les appareils Apple pour des raisons de compatibilité, de prestige ou de revente.
Résultat, les détrousseurs se montrent sélectifs, allant jusqu’à renoncer à une action en cours s’ils identifient une cible « non rentable ». Une enquête du Petit Journal souligne qu’une part importante des téléphones volés à Londres, jusqu’à 40 %, sont exportés vers d’autres continents, notamment l’Asie. Ce circuit de revente clandestin nécessite des appareils faciles à débloquer, reconnus et recherchés. L’iPhone coche toutes les cases, là où un Android milieu de gamme peut être perçu comme un produit à faible rendement.
Android : moins visé, mais pas à l’abri
Pour autant, les utilisateurs de smartphones sous Android ne doivent pas se croire totalement protégés. Si le vol est jugé moins intéressant, cela ne signifie pas qu’il est exclu. Les circonstances, la précipitation ou une erreur d’identification peuvent toujours conduire un voleur à arracher un téléphone sans vérifier sa marque. Mais cette tendance soulève une question plus large : celle de l’évolution du marché noir, qui influence directement les choix des criminels.
L’intérêt accru pour les iPhone renforce leur position dominante, mais expose aussi leurs utilisateurs à davantage de risques dans les zones urbaines sensibles. Un cas rapporté par London Centric illustre l’absurdité de cette hiérarchie. Une victime, Mark, s’est vu restituer son téléphone Galaxy après l’avoir vu brièvement inspecté par le voleur. « En fin de compte, je me sens un peu rejeté. Mon pauvre téléphone », peut-on lire sur London Centric. Ce sentiment d’humiliation, teinté d’humour, traduit bien la logique paradoxale qui règne désormais dans les rues de Londres.

