Mardi 14 octobre 2025, le Projet de Loi de Finances 2026 arrive en Conseil des ministres avec une mesure choc : la fin du crédit d’impôt pour l’acquisition et la pose d’une borne de recharge à domicile. Cette ligne budgétaire, intégrée au budget 2026, constituait un levier visible en faveur de la mobilité électrique. Les documents officiels détaillent un arrêt du « fait générateur » en 2025 et une extinction de l’incidence en 2026, signe d’une suppression nette du dispositif, dans un effort plus large de rationalisation des dépenses fiscales annoncé par Bercy.
Borne de recharge : une dépense fiscale coupée dans le budget 2026
Le cœur de la décision tient dans la mécanique des dépenses fiscales. La fiche 110268, qui encadre le crédit d’impôt dédié à la borne de recharge domestique, indique explicitement « Fin du fait générateur 2025 » et « Fin d’incidence budgétaire 2026 ». Le dispositif ne produira plus de droits nouveaux à compter du 1er janvier 2026, ce qui acte sa disparition pour les installations futures, conformément au PLF 2026. Dans le même document, le coût budgétaire est chiffré à 23 M€ en 2025 et 2026, un ordre de grandeur modeste à l’échelle de l’État, mais déterminant pour l’arbitrage d’un ménage prêt à s’équiper d’une borne de recharge chez lui.
Par ailleurs, le gouvernement replace cette coupe dans une stratégie globale : ramener le déficit public à 4,7 % du PIB dès 2026, au prix d’un tri dans les niches et d’un gel de certains curseurs fiscaux. L’exécutif assume une consolidation, tout en revendiquant la poursuite de politiques « vertes », comme l’électrification des flottes et la poursuite des aides à la rénovation. Mais pour la borne de recharge résidentielle, la ligne est claire, le soutien fiscal s’arrête, alors même que l’équipement à domicile reste un maillon critique de l’usage quotidien du VE.
Borne de recharge : un retrait à 500 € qui pèse sur l’équation des ménages
Jusqu’ici, la borne de recharge à domicile bénéficiait d’un crédit d’impôt maximal de 500 €, régulièrement cité par la presse spécialisée et intégré dans les devis des installateurs. Ce « coup de pouce » pesait dans le reste à charge et déclenchait de nombreux projets d’installation, surtout en maison individuelle. Sa suppression programmée au 1er janvier 2026 est explicitement rapportée par des médias sectoriels, qui relaient le changement de cap du budget 2026. À court terme, l’effet est double : un renchérissement mécanique de l’installation d’une borne de recharge et une incertitude sur le rythme d’équipement, notamment en copropriété où les coûts annexes (câblage, adaptation électrique, gestion de la puissance) s’additionnent.
Le choc pourrait se lire aussi dans les volumes. En 2024, 47 332 ménages ont bénéficié du dispositif selon l’annexe budgétaire officielle. Ce nombre illustre une demande réelle pour la borne de recharge domestique, dans un pays où plus de 80 % des recharges s’effectuent à domicile ou au travail. Couper l’incitation dans le budget 2026 risque d’étaler des projets d’achat, surtout dans la tranche médiane de revenus, alors que l’État cherche parallèlement à « verdir » le parc. Le paradoxe perçu par la filière pourrait fragiliser la dynamique d’équipement, malgré d’autres fils de soutien comme les tarifs réduits sur certaines prestations associées aux infrastructures de recharge.
Borne de recharge et démocratisation du VE : le signal qui fâche
Sur le terrain, les professionnels sont vent debout. « C’est une mesure qui risque de casser une dynamique », alerte Olivier Hamard, directeur général de Zeplug et président de l’Association française des opérateurs de recharge, cité par L’Automobile Propre. Sans la borne de recharge domestique, l’expérience utilisateur se complique, et la bascule vers l’électrique perd en lisibilité, surtout hors zones denses.
Le message politique du budget 2026 assume une hiérarchie des priorités : moins de niches, davantage d’économies, et une concentration des moyens sur d’autres dispositifs. Mais dans le quotidien des ménages, le signal envoyé à ceux qui envisageaient une borne de recharge peut refroidir. L’installation d’un point de charge à domicile sécurise les usages, réduit le coût au kilomètre, et dégage la pression sur le réseau public, encore inégal selon les territoires. En retirant ce maillon incitatif dans le budget 2026, l’État prend le risque d’un trou d’air sur un marché où l’effet de seuil financier reste décisif.


