« Laisse-moi mourir » : une journaliste du Washington Post raconte comment des colons israéliens l’ont rouée de coups en Cisjordanie

Rouée de coups, gazée, dépouillée de son matériel : une photojournaliste du Washington Post a cru mourir sous les coups de colons masqués en Cisjordanie. Son témoignage glaçant depuis son lit d’hôpital.

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« Laisse-moi mourir » : une journaliste du Washington Post raconte comment des colons israéliens l'ont rouée de coups en Cisjordanie
Source : AHMAD GHARABLI / AFP | Social Mag

Heidi Levine, photojournaliste américaine travaillant pour le Washington Post, a été violemment agressée par des colons israéliens le vendredi 16 octobre 2026, en Cisjordanie. Elle participait avec un groupe de Palestiniens à la récolte annuelle des olives, près des villages de Turmus Ayya et de Khirbet Abou Falah, lorsque l’attaque a eu lieu. Elle a été hospitalisée.

Des dizaines d’hommes masqués, armés de bâtons

Plus de 50 hommes masqués sont apparus soudainement, courant vers le groupe. La photojournaliste raconte, citée par l’AFP depuis son lit d’hôpital, qu’elle a soudain vu plus de 50 hommes masqués, qu’ils tenaient des bâtons en bois […] et, croit-elle aussi, des barres de fer, et que d’un coup, ils l’ont attaquée. Sur des images filmées par d’autres journalistes présents, on voit certains assaillants lancer des pierres avant de charger.

Restée derrière alors que d’autres fuyaient, Heidi Levine a été encerclée par au moins cinq hommes, jetée à terre, remise debout puis refaite tomber à plusieurs reprises, tandis que les coups de pied continuaient. Elle avait tenté de se présenter comme journaliste, mais aussi comme mère, pour calmer ses agresseurs.

Son gilet pare-balles portait la mention Presse à l’avant et à l’arrière, et le Washington Post a souligné qu’elle était clairement identifiable au moment des faits.

« Heureusement, j’avais mon casque et mon gilet pare-balles », confie-t-elle. Les colons lui ont arraché son sac photo, sa pochette contenant son passeport, son téléphone suspendu à une corde autour du cou et ses appareils photo. Son sac a été déchiré.

« Ils me l’ont arraché, ils m’ont arraché mes appareils photo, ils ont déchiré mon sac et ils ont continué à me donner des coups de pied », a-t-elle rapporté à CNN, évoquant une folie pure et simple.

Plusieurs journalistes sont venus à son secours après le repli des assaillants. Quand ils ont tenté de la relever pour la mettre à l’abri, elle leur aurait confié qu’elle ne pouvait pas, qu’ils la laissent mourir. Les colons sont alors revenus à la charge, utilisant notamment des gaz lacrymogènes, avant qu’elle soit finalement évacuée en ambulance avec l’aide du Croissant-rouge palestinien.

Un transfert vers un hôpital israélien près de Tel-Aviv

Heidi Levine a d’abord été transportée à l’hôpital de Ramallah, où elle présentait une plaie sanglante à la main gauche. Dans une vidéo tournée depuis son lit, la main et la jambe bandées, elle confie ne pas savoir comment on peut élever de tels monstres.

Elle a ensuite été transférée vers un hôpital israélien situé près de Tel-Aviv. Un photographe de l’AFP a assisté à son passage d’une ambulance palestinienne à une ambulance israélienne, à un checkpoint de l’armée. L’étendue précise de ses blessures n’était pas connue dans l’immédiat.

Le Washington Post s’est dit « indigné par cette attaque injustifiée contre une journaliste qui faisait son travail » et a demandé une enquête sérieuse aux autorités. Reporters sans frontières a de son côté dénoncé une « violence décomplexée » qui « témoigne de l’impunité dans laquelle agissent les colons juifs extrémistes, bien souvent sous la protection des forces armées israéliennes ».

Le bureau du Premier ministre Benyamin Nétanyahou a assuré que « les responsables devront rendre des comptes », sans accuser directement les colons. Selon sa version des faits, une quarantaine de jeunes Israéliens auraient été confrontés à environ 200 personnes, des Palestiniens et des militants d’extrême gauche, les deux camps se lançant des pierres. « L’enquête doit établir les faits, y compris qui a entamé les hostilités », a précisé le bureau du Premier ministre.

L’armée israélienne a confirmé être intervenue après avoir été avertie d’un affrontement violent, et a reconnu qu’une « journaliste a été blessée pendant l’incident ». La police a annoncé avoir ouvert une enquête et dépêché du personnel pour recueillir preuves et témoignages, promettant de « considérer tout acte de violence avec la plus grande sévérité, en particulier lorsqu’il vise des journalistes dans l’exercice de leurs fonctions ».

L’Association de la presse étrangère a regretté que ses « appels répétés à agir pour mettre fin à cette anarchie » soient restés lettre morte auprès des autorités israéliennes. L’ambassade des États-Unis en Israël a affirmé être au courant des informations de presse sur l’attaque.

Début octobre 2026, des colons avaient déjà roué de coups un photographe de l’AFP effectuant un reportage sur la récolte des olives. En juillet de la même année, une équipe de la chaîne CNN avait été agressée près de Ramallah. Des habitants de toute la région ont signalé des attaques similaires, selon CNN, qui note aussi une recrudescence de ces incidents lors de la récolte de l’année précédente, en 2025.

Heidi Levine est une photojournaliste expérimentée, qui travaille au Moyen-Orient depuis des décennies et a couvert plusieurs guerres. La Cisjordanie est occupée par Israël depuis 1967.

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