Livrets à 5,50% : une opportunité en trompe-l’œil creusant les inégalités

Fortuneo affiche 5,50% sur son livret, Distingo 4,50%. Mais ces taux records cachent une réalité gênante : seuls les épargnants disposant de 100 000 euros peuvent vraiment en profiter. Pendant que le Livret A des petits épargnants stagne à 1,70%, les offres boostées creusent les inégalités patrimoniales et interrogent la responsabilité sociale des banques.

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Epargne Livret
Livrets à 5,50% : une opportunité en trompe-l’œil creusant les inégalités © Social Mag

Fortuneo propose un Livret+ à 5,50%, tandis que Distingo Bank offre 4,50%. Derrière ces taux séduisants se cache une réalité : seuls ceux avec 100 000 euros peuvent en profiter pleinement. Pendant ce temps, le Livret A pour les petits épargnants reste à 1,70%. La hausse des taux directeurs de la Banque centrale européenne, atteignant 2,50% en septembre 2026, avantage les gros patrimoines, accentuant la fracture entre épargnants et non-épargnants.

Qui profite réellement des taux à 5,50% ?

L’offre Fortuneo, du 8 octobre au 8 décembre 2026, promet 5,50% brut pendant trois mois sur le Livret+, avec un plafond de 100 000 euros. Distingo Bank propose 4,50% brut jusqu’au 30 octobre 2026, avec un plafond de 200 000 euros. Selon l’INSEE, le patrimoine financier médian des ménages français est de 8 200 euros, et seuls 10% des ménages possèdent plus de 100 000 euros d’épargne liquide. La majorité observe ces offres sans pouvoir y accéder.

Après prélèvement forfaitaire unique de 31,4%, le rendement net de Distingo chute à 1,93% sur l’année. Marc Tempelman, cofondateur de Cashbee, précise : « Le livret est un produit d’appel pour rester parmi les meilleures offres du marché. » Cette stratégie cible les gros portefeuilles, sans démocratiser l’accès aux rendements élevés.

Crédit plus cher pour les non-épargnants

La BCE a relevé son taux de dépôt de 2,00% en mai 2026 à 2,50% en septembre 2026, pour contenir l’inflation. Cependant, cela a aussi fait grimper les taux d’emprunt. Les ménages endettés voient leurs remboursements augmenter, tandis que les épargnants bénéficient de meilleurs rendements. Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, remarque que cette situation est inédite depuis 2020-2021, quand le Livret A rapportait 0,50%. Mais cet avantage est inéquitablement réparti.

Les ménages précaires, souvent locataires et sans épargne, subissent l’inflation sans bénéficier des taux élevés. Les ménages aisés, propriétaires et épargnants, accumulent des rendements sans effort. La politique monétaire, supposée neutre, devient un outil de redistribution à l’envers. Les débats sur les finances publiques ignorent souvent cet aspect social.

Deux systèmes d’épargne en France

Le Livret A, fixé à 1,70% depuis le 1er août 2026, n’est réévalué que le 1er février 2027. Avec un plafond de 22 950 euros, les petits épargnants ne peuvent gagner qu’au maximum 390 euros bruts par an, exonérés d’impôts. En revanche, les comptes sur livret n’ont généralement pas de plafond. Un épargnant avec 100 000 euros à 5,50% pendant trois mois gagnerait 1 375 euros bruts, soit 942 euros nets après impôts, surpassant le gain annuel d’un Livret A en seulement trois mois.

Cette disparité révèle deux systèmes d’épargne distincts. Le Livret A, produit universel, offre un rendement symbolique. Les comptes sur livret boostés, sélectifs et promotionnels, réservent les meilleurs rendements à ceux qui ont déjà des capitaux. Capital souligne que certains livrets classiques peuvent offrir un rendement net supérieur au Livret A après impôts, mais uniquement pour les gros montants.

Les banques et leurs responsabilités sociales

Les banques mettent en avant leurs engagements RSE, mais leurs offres de livrets boostés contredisent ces discours. Aucune banque ne propose de taux préférentiel pour les petits montants, et les plafonds ne sont pas adaptés aux capacités d’épargne des ménages modestes. La logique commerciale prime sur la responsabilité sociale, et les campagnes publicitaires vantent des taux records sans mentionner que 90% des Français ne pourront pas en profiter pleinement.

Certaines néobanques, comme Cashbee, tentent des approches différentes avec des plafonds plus accessibles. Cependant, ces initiatives restent marginales. La régulation pourrait imposer plus de transparence : indiquer le montant médian placé par les clients et le pourcentage de clients réellement éligibles aux offres. Sans contrainte, les banques continueront d’optimiser leurs marges au détriment de l’équité.

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