Humanitaire : 350 morts en 2025, 99% du personnel local sacrifié

En 2025, 350 travailleurs humanitaires ont été tués, dont 99% de personnel local. Ce bilan, le deuxième plus lourd depuis 1997, révèle une inégalité systémique dans la protection des employés d’aide. Gaza (186 morts) et le Soudan (71 morts) concentrent plus de la moitié des décès, tandis que l’ONU appelle les États à faire respecter le droit international humanitaire.

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Humanitaire : 350 morts en 2025, 99% du personnel local sacrifié © Social Mag

Parmi les 350 travailleurs humanitaires tués en 2025, une statistique révélatrice passe souvent inaperçue : plus de 99% d’entre eux étaient du personnel local, pas des expatriés. Un chiffre qui révèle une inégalité systémique dans la protection des travailleurs d’aide, particulièrement visible à Gaza (186 morts) et au Soudan (71 morts), où les organisations humanitaires opèrent sans filet de sécurité adéquat. Lundi 17 août 2026, l’ONU a publié son bilan annuel : 350 décès recensés en 2025, faisant de cette année la deuxième plus meurtrière depuis le début de la collecte de données en 1997. Au total, 907 travailleurs humanitaires ont été tués, blessés ou enlevés, un record qui interroge la responsabilité des organisations et des États.

Le visage caché de la crise : qui sont vraiment les 350 humanitaires tués en 2025 ?

Plus de 99% des travailleurs humanitaires tués en mission étaient du personnel local, selon les données compilées par Humanitarian Outcomes. Infirmiers, logisticiens, chauffeurs, traducteurs : ces professionnels, souvent recrutés dans les zones de conflit, constituent l’épine dorsale des opérations d’aide. Pourtant, leur exposition au danger reste disproportionnée. Contrairement aux expatriés, rapatriables en cas de crise, le personnel local ne dispose ni de plans d’évacuation ni de couvertures d’assurance équivalentes. Cette vulnérabilité structurelle transforme chaque mission en pari mortel.

Les organisations d’aide appliquent des protocoles de sécurité différenciés. Le personnel international bénéficie de formations spécialisées, d’équipements de protection, de véhicules blindés et d’extractions d’urgence. À l’inverse, les employés locaux, souvent considérés comme moins visibles aux yeux des belligérants, reçoivent des moyens limités. Erreur fatale : dans les conflits actuels, aucune nationalité ne garantit l’immunité. À Gaza, les 186 travailleurs humanitaires tués en 2025 étaient majoritairement palestiniens, employés par des ONG internationales ou locales. Au Soudan, les 71 victimes appartenaient aux communautés affectées par la guerre civile. L’inégalité invisible se joue aussi dans l’accès à la sécurité.

907 incidents en 2025 : au-delà des décès, blessures et enlèvements

Les 350 décès ne représentent qu’une fraction du bilan. En 2025, 907 travailleurs humanitaires ont été tués, blessés ou enlevés, selon l’OCHA (Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires). Les blessures physiques, souvent graves, s’accompagnent de traumatismes psychologiques durables. Stress post-traumatique, culpabilité du survivant, épuisement émotionnel : les équipes humanitaires paient un tribut psychologique rarement documenté. Les organisations peinent à offrir un soutien psychosocial adapté, faute de ressources ou de reconnaissance du problème. Résultat : un turnover élevé, une perte de compétences et une démobilisation progressive des vocations.

Malgré la mortalité record, les organisations humanitaires maintiennent leurs opérations. Comment ? Par pragmatisme et nécessité. Les besoins des populations civiles ne diminuent pas avec les risques. À Gaza, malgré les 186 morts, des milliers de travailleurs locaux continuent de distribuer nourriture, médicaments et eau potable. Au Soudan, les équipes opèrent dans des zones sans gouvernance, exposées aux milices et aux frappes aériennes. Les organisations adaptent leurs protocoles : rotations rapides, réduction des effectifs internationaux, sous-traitance accrue au personnel local. Paradoxe cruel : cette stratégie accroît encore la vulnérabilité des employés locaux, déjà surreprésentés parmi les victimes.

Gaza et Soudan : territoires de danger extrême pour les travailleurs d’aide

186 morts à Gaza : l’impossible accès humanitaire dans un conflit urbain

Gaza concentre 53% des décès de travailleurs humanitaires en 2025. La densité urbaine, l’intensité des bombardements et la fermeture des frontières transforment chaque intervention en mission à haut risque. Les convois humanitaires, pourtant marqués et coordonnés avec les parties au conflit, subissent des tirs directs. Les entrepôts médicaux, les centres de distribution alimentaire et les abris pour déplacés sont frappés. L’accès humanitaire, garanti par le droit international, devient une fiction. Les données compilées montrent que la majorité des victimes travaillaient pour des organisations locales, moins protégées que les agences onusiennes.

71 morts au Soudan : guerre civile et absence de zones sûres pour l’aide

Le Soudan, déchiré par une guerre civile depuis avril 2023, représente le deuxième foyer de mortalité avec 71 travailleurs humanitaires tués en 2025. L’effondrement de l’État, la fragmentation territoriale et la prolifération des groupes armés rendent toute opération d’aide extrêmement périlleuse. Les drones armés, désormais accessibles à des acteurs non étatiques, ajoutent une menace inédite. Selon l’OCHA, 80% des décès civils au Soudan durant les quatre premiers mois de 2026 ont été causés par des frappes de drones. Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l’ONU, a déclaré : « Les drones militarisés sont devenus le nouveau visage d’un danger ancien : l’atteinte délibérée ou inconsidérée à des vies civiles. La technologie peut évoluer, mais les lois de la guerre, elles, ne changent pas. »

Appels à l’action : comment protéger les travailleurs humanitaires ?

Face à ce bilan, Tom Fletcher a lancé un appel sans ambiguïté : « Plus de 1000 travailleurs humanitaires ont été tués en seulement trois ans, et c’est totalement inacceptable. Mais le simple fait de le dénoncer ne les protégera pas. Les États doivent faire respecter le droit international humanitaire et utiliser tous les moyens à leur disposition pour protéger les civils et nos collègues. Et ceux qui enfreignent les règles doivent en subir les conséquences. » Concrètement, l’ONU exige des États qu’ils poursuivent les auteurs de violences, renforcent les mécanismes de responsabilisation et sanctionnent les violations du droit humanitaire.

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