Guerre des talents : ce qui se joue derrière le partenariat SEB–Institut Français de la Mode

En rejoignant la Fondation de l’IFM, créée en 2018 sous l’égide de la Fondation de France, SEB abonde un dispositif d’aides sur critères sociaux.

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Guerre des talents : ce qui se joue derrière le partenariat SEB–Institut Français de la Mode © Social Mag

Quand un industriel du quotidien entre à l’Institut Français de la Mode, ce n’est pas seulement un nouveau nom sur la liste des mécènes. C’est le signe que la bataille de l’attractivité se joue aussi dans les écoles où se forment les talents capables de penser les marques, les usages et la désirabilité des produits.

Sur le papier, l’accord entre le Groupe SEB et l’IFM a tout du partenariat école-entreprise classique : une contribution financière, un soutien aux bourses, un cas confié à des étudiants. Mais le rapprochement intrigue. Jusqu’ici, les mécènes de l’Institut Français de la Mode venaient pour l’essentiel du monde qu’il irrigue : la mode, le luxe, la beauté, la création. Voir le fabricant d’autocuiseurs, de cafetières, d’aspirateurs et de poêles antiadhésives rejoindre ce cercle dit autre chose : l’industrie grand public cherche désormais, elle aussi, à se rapprocher des lieux où se fabriquent les imaginaires. Le mouvement n’est pas anodin à un moment où les grands groupes traditionnels redoublent d’efforts pour ne pas être distancés sur le terrain de la marque et de l’expérience.

Un industriel face à un déficit d’attractivité

Les groupes industriels partagent en effet une difficulté bien connue des recruteurs : ils peinent à séduire les jeunes talents créatifs les plus convoités. Designers, chefs de produit, spécialistes de la marque et de l’expérience se tournent plus spontanément vers le luxe, la tech ou les start-up que vers l’électroménager. L’imaginaire d’un grand groupe industriel évoque l’usine et la fiche technique, rarement le studio de création ou la liberté d’inventer. Or ce sont précisément ces compétences dont l’industrie a besoin pour rendre ses produits désirables, et la pénurie est d’autant plus sensible que tous les secteurs se disputent les mêmes profils.

S’inscrire durablement dans une école comme l’IFM relève donc aussi d’une stratégie de talents : gagner en visibilité auprès d’un vivier difficile à atteindre, créer un lien avec les étudiants, et travailler une image d’employeur que l’industrie ne porte pas naturellement. Être présent là où se forment les futurs cadres de la création, c’est se donner une chance d’en attirer une partie, mais aussi d’irriguer ses propres équipes d’une culture nouvelle. Le cas réel proposé dès la rentrée aux étudiants de l’Executive MBA (innovation domestique, usages, marque) offre à SEB des regards neufs sur ses produits, et aux étudiants une confrontation aux contraintes d’un grand groupe industriel, loin de l’univers feutré d’une collection. L’échange profite aux deux parties : l’entreprise s’ouvre, l’école élargit son terrain.

Des bourses, à condition de transformer l’essai

L’autre volet, plus discret, touche à l’égalité des chances. En rejoignant la Fondation de l’IFM, créée en 2018 sous l’égide de la Fondation de France, SEB abonde un dispositif d’aides sur critères sociaux. Un enjeu réel dans une école réputée coûteuse, où le montant des frais de scolarité peut décourager les profils les plus modestes, au risque d’appauvrir la diversité des talents formés. Sur 2024-2025, 1,4 million d’euros ont été distribués à 165 étudiants, soit près de 8 900 euros chacun. « Il contribuera en priorité au développement de bourses, afin de rendre l’excellence plus accessible », souligne Xavier Romatet, directeur général de l’IFM.

L’engagement est bienvenu. Sa portée se mesurera dans la durée : au nombre de boursiers supplémentaires, à la diversité des profils accueillis, à leur insertion ensuite. C’est à cette aune, plutôt qu’au montant affiché, que se jugera la contribution réelle à l’ouverture d’une filière encore homogène. Car le risque, avec ce type de mécénat, est qu’il reste un affichage : une ligne dans un rapport d’engagement, sans effet tangible sur la composition réelle des promotions. À l’inverse, un soutien constant, étalé sur plusieurs années et assorti d’un véritable suivi, peut faire bouger les lignes et élargir le recrutement de l’école. L’écart entre les deux scénarios se lira dans les chiffres, promotion après promotion.

Reste l’essentiel, que ce partenariat met en lumière : un monde industriel qui cesse de considérer la création comme accessoire et va la chercher au plus près de ceux qui l’enseignent. Le geste traduit un renversement de hiérarchie : hier sous-traitée en bout de chaîne, la création devient une ressource que l’on courtise à la source, dans les amphis où se forme la relève. Pour SEB comme pour l’IFM, le pari est cohérent. Il lui faudra simplement, au-delà de l’annonce, se vérifier dans les faits : à la qualité des recrutements, à la profondeur du dialogue noué avec l’école, et à la capacité du groupe à transformer ces regards extérieurs en produits réellement plus désirables.

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