Selon Siimo Kaasik, née en Estonie sous l’ex-Union soviétique, qui vient d’obtenir la citoyenneté nauruane après des décennies sans nationalité, plus que tout, elle a envie de se présenter sans qu’une note de bas de page soit rattachée à la phrase.
Ses mots, diffusés dans un communiqué partagé par les administrateurs du programme, résument son attente : celle d’un pays prêt à dire, selon une autre de ses phrases, « oui, nous savons qui tu es ».
Un passeport à 90 000 dollars pour reloger 90 % des familles et infrastructures
Nauru, minuscule État insulaire du Pacifique de 21 km², a ouvert son programme de citoyenneté par investissement début 2025. Surnommé le « golden passport », il permet d’obtenir la nationalité contre une contribution de 90 000 dollars par candidat unique, un tarif réduit par rapport au prix standard de 115 000 dollars, valable jusqu’à la fin de l’année.
Le sésame donne accès sans visa ou avec visa à l’arrivée à plus de 85 destinations, dont Singapour et Hong Kong, mais n’ouvre aucun droit à l’achat de terrain, réservé aux Nauruans de naissance.
Plus de 120 citoyennetés ont déjà été délivrées à l’issue d’une sélection en quatre étapes incluant des vérifications d’antécédents. L’objectif affiché par le gouvernement dépasse la simple levée de fonds : financer la relocalisation de 90 % des familles et infrastructures vers des zones en altitude, un chantier dont la première phase coûterait plus de 60 millions de dollars.
Décennies d’extraction de phosphate obligent, l’intérieur de l’île est largement impropre au développement, tandis que la majorité de la population reste concentrée sur des côtes que la montée des eaux, plus rapide ici que la moyenne mondiale selon la Sea Level Change Team de la Nasa, expose à des inondations de plus en plus fréquentes. Le pays a par ailleurs officiellement changé de nom pour devenir la République de Naoero.
Reuben Zadeh, ressortissant américain et l’un des premiers candidats du programme, a raconté dans une vidéo partagée par le bureau du programme avoir été séduit par l’idée d’un passeport pacifique et neutre, tout en se disant sensible à l’aspect climatique du projet.
Le spectre du précédent programme des années 2000
Le dossier n’est pas sans passif. Un premier programme de citoyenneté, lancé par Nauru au début des années 2000, avait été abandonné après que des suspects terroristes eurent été retrouvés porteurs de passeports nauruans. Cette histoire pèse encore : en décembre, le Royaume-Uni a retiré Nauru de la liste des pays éligibles à son autorisation électronique de voyage (ETA), invoquant les risques liés au programme actuel de citoyenneté par investissement.
Les administrateurs assurent avoir renforcé les garde-fous : vérifications d’antécédents, surveillance continue des titulaires et possibilité de révocation en cas d’activité criminelle. Des candidatures ont déjà été rejetées, sans que le nombre total soit rendu public.


