Catastrophes naturelles : au moins 58 milliards de pertes non assurées

Les catastrophes naturelles ont causé 100 milliards de dollars de pertes économiques au premier semestre 2026, mais seuls 42 milliards ont été couverts par l’assurance, selon Swiss Re. Ce fossé de 58 milliards illustre l’ampleur du déficit de protection, particulièrement marqué dans les pays en développement comme le Venezuela, où le séisme de juin a engendré 20 milliards de dégâts quasi intégralement non assurés.

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Catastrophes naturelles : au moins 58 milliards de pertes non assurées © Social Mag

Les catastrophes naturelles ont provoqué 100 milliards de dollars de pertes économiques au premier semestre 2026, selon les estimations publiées le 12 août par le réassureur Swiss Re. Ce montant, en recul de plus d’un tiers par rapport aux 152 milliards enregistrés sur la même période en 2025, masque une réalité plus préoccupante : seuls 42 milliards ont été couverts par les assureurs. Le reste, soit 58 milliards de dollars, reste à la charge des États, des entreprises et des ménages.

Le « protection gap », cette fracture entre dommages réels et indemnisations, atteint des proportions alarmantes dans certaines régions. Au Venezuela, le séisme de juin a causé 20 milliards de dollars de dégâts, dont une portion dérisoire sera indemnisée faute de couverture assurantielle suffisante. À l’inverse, sur les marchés fortement assurés, environ 42% des pertes économiques totales sont prises en charge, un taux supérieur à la moyenne trentenaire de 33%, selon Artemis, spécialiste des risques assurantiels.

Les catastrophes naturelles creusent un gouffre de 58 milliards de dollars

Avec 42 milliards de dollars de sinistres assurés, le premier semestre 2026 affiche le niveau le plus bas depuis 2020. La facture se situe 16% sous la moyenne décennale et loin des 91 milliards atteints au premier semestre 2025, quand les incendies de Los Angeles avaient dévasté la Californie. Pourtant, les risques structurels demeurent intacts.

Les orages violents ont représenté 28 milliards de dollars d’indemnisations, principalement aux États-Unis. L’activité orageuse est restée supérieure à la normale, mais peu d’événements majeurs ont touché le Texas, les Grandes Plaines du Sud ou le Sud-Est américain, zones habituellement les plus coûteuses en raison de la densité des biens assurés. Comme le note Insurance Business Magazine, la géographie particulière des sinistres explique davantage le niveau modéré des pertes qu’une réelle diminution de l’intensité des phénomènes.

Les incendies, un péril en pleine expansion

L’Europe a connu des températures record en juin 2026, puis une canicule en juillet qui a créé des conditions idéales pour les feux de forêt. La France et l’Espagne ont subi des incendies majeurs, comme ceux qui ont ravagé la Gironde, détruisant des milliers d’habitations, d’entreprises et d’infrastructures. Le continent, qui se réchauffe plus vite que tout autre, enregistre 64% de jours chauds supplémentaires (avec des températures dépassant 30°C) par rapport aux années 1950.

Balz Grollimund, responsable de la couverture des catastrophes naturelles chez Swiss Re, met en garde : « Un premier semestre moins coûteux ne signifie pas que le risque a disparu. Un ouragan, un tremblement de terre ou un incendie de forêt majeur peut rapidement changer la donne. Les récents incendies de forêt en Europe montrent que des conditions plus chaudes et plus sèches rendent les grands incendies de forêt plus probables. »

Les données de Swiss Re révèlent une tendance particulièrement préoccupante : les pertes assurées liées aux incendies en Europe progressent de 8 à 11% par an en termes réels depuis 1970. Si ce péril ne représente encore qu’une part modeste des indemnisations sur le continent, il constitue désormais le risque météorologique à la croissance la plus rapide au niveau mondial. L’année 2026 a vu un printemps et un début d’été inhabituellement chauds et secs, puis une nouvelle canicule en juillet. L’assèchement de la végétation a provoqué une activité incendiaire précoce, touchant notamment 130 000 salariés en activité partielle en Gironde.

Le second semestre concentre les risques majeurs

La seconde moitié de l’année concentre traditionnellement 58% de la facture annuelle des assureurs en matière de catastrophes naturelles, principalement en raison de la saison des ouragans dans l’Atlantique Nord. Malgré des conditions El Niño qui tendent à réduire l’activité cyclonique atlantique, le risque reste significatif. Les statistiques montrent que 22% des ouragans ayant frappé les États-Unis depuis 1950 se sont produits durant des épisodes El Niño.

El Niño, dont le renforcement est attendu jusqu’à la fin de 2026 avec une probabilité de persistance de 97% jusqu’au début 2027, peut modifier la répartition géographique des risques. Le phénomène climatique influence l’activité cyclonique dans le Pacifique central et oriental, tout en modifiant les schémas d’inondations, d’incendies et d’autres événements météorologiques extrêmes ailleurs sur la planète.

Des tendances lourdes inchangées

Au-delà des variations saisonnières, les moteurs à long terme de l’augmentation des pertes liées aux catastrophes naturelles demeurent actifs. L’urbanisation croissante dans les zones exposées aux risques naturels, l’augmentation de la valeur des biens et la hausse des coûts de reconstruction constituent des tendances structurelles qui pèsent sur l’économie mondiale et le secteur de l’indemnisation.

Les chiffres avancés par différents acteurs du marché convergent globalement, même s’ils diffèrent légèrement dans le détail. Le courtier Aon évalue les pertes assurées du premier semestre à au moins 47 milliards de dollars, tandis que Gallagher Re les estime à 46 milliards minimum. Les écarts reflètent les incertitudes inhérentes aux estimations précoces, notamment concernant les sinistres dont l’ampleur définitive ne sera connue que plusieurs mois après les événements.

L’accessibilité de l’assurance menacée

L’accélération des pertes liées aux incendies, qui progressent de près de 10% par an en moyenne depuis plus d’un demi-siècle en Europe, pose une question cruciale aux courtiers et aux assureurs : comment maintenir l’accessibilité et la disponibilité de la couverture face à des risques qui se composent à un rythme exponentiel ? Un semestre calme ne justifie pas un assouplissement des tarifs, alors que les tendances de fond pointent dans la direction opposée.

Pour les entreprises et les particuliers détenant des biens dans des zones exposées aux incendies, que ce soit dans le sud de l’Europe, l’ouest des États-Unis, l’Australie ou ailleurs, la progression annuelle de 8 à 11% des pertes constitue un argument factuel face à des augmentations de primes qui peuvent sembler déconnectées d’une saison locale tranquille. De même, pour les acteurs économiques situés dans les régions exposées aux ouragans atlantiques, la concentration de 58% des pertes au second semestre invite à la prudence avant de tirer des conclusions définitives sur l’année en cours.

Swiss Re insiste sur la nécessité de renforcer la résilience et de réduire les risques sous-jacents pour préserver l’équilibre du système assurantiel. Les changements d’usage des sols à long terme renforcent également l’effet du réchauffement climatique : l’abandon agricole et le dépeuplement ont élargi la couverture forestière et permis l’accumulation de végétation sèche, augmentant la charge combustible et rendant les paysages plus inflammables.

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