La Poste fait de ses 18 milliards d’euros d’achats un levier de transformation

Le renouvellement pour trois ans du label Relations Fournisseurs et Achats Responsables (RFAR) du groupe public illustre la place désormais stratégique prise par les achats dans les politiques RSE des grandes entreprises. Avec près de 18 milliards d’euros de dépenses annuelles, La Poste dispose d’un levier considérable pour entraîner fournisseurs et partenaires dans sa transformation.

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La Poste a profondément changé de visage. | Social Mag

Longtemps, la direction des achats a surtout été regardée comme celle qui négociait les prix et maîtrisait les coûts. La transition écologique et la montée des exigences sociales et réglementaires ont changé la donne. Chez La Poste, dont les achats représentent près de 18 milliards d’euros chaque année, la fonction est devenue l’un des instruments de la politique de responsabilité sociale et environnementale du groupe.

Le renouvellement pour trois ans de son label « Relations Fournisseurs et Achats Responsables » (RFAR), annoncé en septembre, vient valider cette évolution. La certification couvre La Poste SA, La Poste Immobilier, La Banque Postale et CNP Assurances. Trois filiales de La Banque Postale – Domiserve, Louvre Banque Privée Immobilier Conseil et La Banque Postale Leasing and Factoring – rejoignent pour la première fois le périmètre labellisé.

Un label public exigeant

La distinction n’est pas un simple label RSE supplémentaire. Délivré conjointement par le Médiateur des entreprises et le Conseil national des achats, le RFAR est présenté par les pouvoirs publics comme le premier et seul label public français consacré aux achats responsables. Il est attribué pour trois ans, avec une vérification annuelle de critères majeurs.

Son référentiel 2026 est adossé à la norme internationale ISO 20400 sur les achats responsables. L’évaluation porte notamment sur la gouvernance et la stratégie d’achats, l’éthique des affaires, la gestion de la performance des fournisseurs, l’équité financière ou encore la contribution au développement des territoires et des filières.

Autrement dit, l’enjeu dépasse largement l’empreinte carbone des produits achetés. La qualité de la relation avec les fournisseurs, les délais de paiement, la médiation en cas de conflit, la prise en compte des PME ou encore la professionnalisation des acheteurs font partie de l’équation. La charte RFAR, préalable au processus de labellisation, comporte ainsi dix engagements destinés à construire des relations plus équilibrées entre donneurs d’ordres et fournisseurs.

L’évaluation menée chez La Poste a notamment salué « une intégration forte de la fonction achats dans la politique de responsabilité sociétale du groupe », ainsi que le déploiement de feuilles de route consacrées aux principaux enjeux environnementaux, sociaux et éthiques. Une formulation qui traduit bien le changement de statut de cette fonction : l’achat n’est plus seulement un outil de maîtrise des dépenses, mais l’un des moyens de mettre en Å“uvre les engagements pris au niveau de l’entreprise.

Le mouvement dépasse d’ailleurs largement La Poste. À la fin de 2025, 3.080 organisations avaient signé la charte RFAR, en progression de 9 % en un an, tandis que 136 étaient effectivement labellisées, soit une hausse de 14 %. Ces dernières représentaient à elles seules 186 milliards d’euros d’achats annuels.

18 milliards pour peser sur l’écosystème

Dans ce contexte, la taille de La Poste donne une autre dimension à la démarche. Avec près de 18 milliards d’euros d’achats annuels, le groupe peut agir non seulement sur ses propres pratiques, mais également sur celles d’une partie de sa chaîne de valeur.

C’est précisément l’un des objectifs revendiqués : utiliser la commande pour soutenir l’économie des territoires, l’inclusion sociale, l’économie circulaire et la réduction de l’empreinte environnementale des approvisionnements. Mais l’effet recherché va au-delà des achats directs. La Poste entend également encourager ses fournisseurs et partenaires à renforcer leurs propres pratiques. Le groupe veut ainsi contribuer à « diffuser des standards plus responsables au sein de son écosystème », selon les termes du communiqué.

L’enjeu est d’autant plus important que La Poste a profondément changé de visage. Le groupe, détenu par la Caisse des Dépôts et l’État, a réalisé 34,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, dont plus de 45 % à l’international. Il emploie 227.000 personnes et exerce désormais ses activités principalement autour de deux grands ensembles, la logistique et la distribution courrier-colis d’un côté, la bancassurance de l’autre. Le colis, à travers notamment Colissimo, Chronopost, DPD, SEUR ou BRT, contribue désormais à près de 54 % de son chiffre d’affaires.

Cette diversification multiplie mécaniquement la variété des fournisseurs et des problématiques : immobilier, transport, énergie, informatique, prestations intellectuelles, équipements ou services financiers. La politique d’achats devient ainsi un point de passage concret entre les engagements RSE affichés au niveau du groupe et leur application opérationnelle.

Passer du label à la feuille de route

La prochaine étape sera justement de transformer cette logique en objectifs mesurables. La Poste accompagne le renouvellement de son label de la publication de son premier Schéma de promotion des achats socialement et écologiquement responsables (SPASER), couvrant la période 2026-2030. Le document doit formaliser les priorités et engagements du groupe en matière d’achats responsables.

La démarche s’inscrit dans une transformation plus large du groupe, devenu entreprise à mission en 2021 et engagé dans un objectif de zéro émission nette avant 2050.

Pour La Poste comme pour les autres grands donneurs d’ordres, le véritable test se situera toutefois moins dans l’obtention des labels que dans leur traduction quotidienne : choix des fournisseurs, contrats, délais de paiement, critères environnementaux, soutien aux PME et capacité à faire évoluer toute une chaîne d’approvisionnement.

À l’échelle de 18 milliards d’euros par an, quelques points de pourcentage réorientés vers des pratiques plus responsables peuvent déjà représenter plusieurs centaines de millions d’euros. C’est là que les achats changent de nature : de centre de coûts, ils deviennent progressivement un outil de transformation économique.

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