1er mai : Sébastien Lecornu dément un « passage en force »

Huit organisations syndicales s’opposent fermement à l’élargissement du travail le 1er mai, exigeant de Sébastien Lecornu qu’il renonce à convoquer une commission mixte paritaire. Face à cette fronde, le Premier ministre dément tout « passage en force » et promet des consultations d’urgence.

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1er Mai Sebastien Lecornu Dement Un Passage En Force
1er mai : Sébastien Lecornu dément un « passage en force » © Social Mag

1er mai : Sébastien Lecornu dément un « passage en force »

La controverse entourant l’élargissement du travail le 1er mai atteint désormais son paroxysme. Huit organisations syndicales majeures se dressent avec une détermination rare contre le gouvernement. Dans une missive commune adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu dimanche 12 avril, les représentants de la CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires exigent l’abandon pur et simple de la procédure accélérée visant à faire adopter la proposition de loi avant le 1er mai prochain.

« Monsieur le Premier ministre, on ne réforme pas ainsi brutalement un texte d’histoire sociale et de conquêtes collectives », s’insurgent les dirigeants syndicaux dans leur courrier transmis par la CGT. Cette mobilisation fait écho à l’adoption vendredi d’une motion de rejet par les députés macronistes, manœuvre controversée destinée à contourner l’obstruction parlementaire orchestrée par la gauche.

Une fronde syndicale unanime contre l’extension du travail

Les organisations syndicales fustigent unanimement l’extension prévue des dérogations d’ouverture le 1er mai à de « nombreux secteurs professionnels et pour de grandes entreprises, aux dépens des salariés mais aussi des petits commerces indépendants de proximité ». Selon le projet de décret d’application dévoilé par le gouvernement, seraient concernés les grandes enseignes industrielles de boulangerie et pâtisserie, les chaînes de glaciers et chocolatiers, la boucherie, charcuterie, fromagerie-crémerie, poissonnerie, ainsi que les magasins de fruits et légumes incluant les grandes surfaces spécialisées.

« Cette proposition de loi repose sur des mensonges éhontés », s’emporte Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, sur RTL. « Dans le secteur du commerce, nous travaillons 364 jours sur 365, c’est ce dernier jour qu’ils veulent nous dérober », déplore-t-elle, estimant que le texte bénéficiera principalement aux « grands groupes » comme Marie Blachère ou Gamm Vert plutôt qu’aux artisans mis en avant par les promoteurs du projet.

L’opposition politique dénonce une « absurdité bureaucratique »

Du côté de l’opposition, les critiques se déchaînent également. Le député socialiste Jérôme Guedj déplore sur Franceinfo que l’Assemblée nationale ne délibère que sur « des textes qui ne revêtent pas un caractère d’urgence absolue ». Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, n’exclut pas une motion de censure si le dialogue social continue d’être bafoué.

La France insoumise avait orchestré une stratégie d’obstruction méthodique avec près d’une centaine d’amendements, proposant notamment la création de nouveaux jours fériés (16 janvier pour les conquêtes sociales, 4 février pour l’abolition de l’esclavage, 30 juillet pour célébrer « l’amitié »), le quadruplement des rémunérations pour le travail le 1er mai, ou encore la limitation du travail ce jour-là aux personnes rémunérées plus de 8 658 euros net par mois.

À l’inverse, David Lisnard, maire de Cannes, plaide pour la « liberté de pouvoir travailler » le 1er mai, dénonçant une « absurdité bureaucratique » et estimant que « nous nous enlisons dans un débat du XIXe siècle ». Cette polarisation du débat illustre les fractures idéologiques profondes qui traversent la société française.

Matignon temporise face à la pression

Face à cette levée de boucliers sans précédent contre la réforme du 1er mai, l’entourage du Premier ministre a promptement réagi dimanche en affirmant qu' »il n’y aura pas de passage en force ». Sébastien Lecornu a mandaté Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, pour mener les consultations nécessaires avec les organisations syndicales lundi à 18 heures.

« La commission mixte paritaire n’a pas encore été convoquée », précise Matignon, qui souhaite « prendre le temps nécessaire pour cheminer vers une solution efficace et acceptable, notamment pour la sécurisation de l’ouverture des commerces de proximité ». Cette réunion s’annonce dans un climat particulièrement tendu, Sophie Binet attendant du gouvernement qu’il « ne convoque pas la commission mixte paritaire et s’en remette à la démocratie sociale ».

Un cadre juridique actuellement restrictif

Actuellement, le Code du travail établit que le 1er mai constitue un jour « férié et chômé », demeurant l’unique journée de l’année où le travail s’avère impossible dans la plupart des secteurs. Seuls les établissements qui « ne peuvent interrompre le travail » en raison de leur activité sont autorisés à fonctionner, moyennant une rémunération doublée pour les salariés.

Un artisan boulanger ou fleuriste peut ouvrir son établissement, mais uniquement s’il œuvre seul, sans faire appel à ses salariés. Le non-respect de cette règle expose l’employeur à une amende comprise entre 750 et 1 500 euros par salarié concerné. Cette disposition du Code du travail reflète l’importance symbolique accordée à cette journée dans l’histoire sociale française, véritable conquête du mouvement ouvrier.

Les enjeux économiques et sociaux d’une réforme controversée

La proposition de loi, initialement portée par des sénateurs centristes après des verbalisations de boulangers vendéens en 2024, ambitionne d’introduire la notion de « volontariat » – inexistante dans le Code du travail – assortie d’une majoration salariale au double d’une journée classique. Cependant, les syndicats contestent vigoureusement l’efficacité de ce volontariat, Sophie Binet soulignant que « entre le patron et le salarié, il existe un lien de subordination » qui compromet toute liberté de choix véritable.

La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet confirme souhaiter « que ce texte puisse être examiné et voté avant le 1er mai prochain », tout en exhortant le gouvernement à « dialoguer avec les syndicats ». Cette course contre la montre illustre les tensions persistantes entre impératifs économiques et préservation des acquis sociaux, dans un contexte où les droits sociaux font l’objet de remises en cause multiples.

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