PFAS : les stations d’épuration surveillées de près
Le 9 avril 2026, le gouvernement a enclenché une évolution réglementaire majeure concernant les PFAS, ces « polluants éternels » persistants dans l’environnement. Désormais, les stations d’épuration devront mesurer les concentrations de PFAS dans leurs boues, notamment celles destinées à l’épandage agricole. Cette décision s’inscrit dans la continuité du plan interministériel lancé en avril 2024. En effet, selon TF1 Info, « les stations d’épuration qui traitent les eaux usées de 10.000 équivalents-habitants et plus lancent des campagnes de mesures pour étudier la présence de PFAS dans les boues ».
Ainsi, plus de 1100 stations sont directement concernées. Or, ces installations ne représentent que 6 % du parc national, mais génèrent jusqu’à 86 % des boues épandues sur les terres agricoles, selon les données du ministère. Par ailleurs, cette surveillance vise à combler un vide réglementaire. Jusqu’ici, aucun contrôle systématique des PFAS dans les boues n’était imposé avant leur utilisation agricole. Le syndicat professionnel Synteau souligne d’ailleurs que dans des propos rapportés par TF1 Info : « Il n’existe pas encore, à ce stade, de contrôle systématique, obligatoire et harmonisé de toutes les boues avant leur épandage ». Cette absence de cadre uniforme a longtemps limité la détection précoce des contaminations.
Une réponse tardive à des crises locales
Cependant, cette mesure n’émerge pas de nulle part. Elle intervient après plusieurs épisodes de pollution majeure dans l’Est de la France. Dès juillet 2025, une dizaine de communes des Ardennes, de la Meuse et des Vosges ont dû interdire la consommation d’eau du robinet en raison de taux de PFAS dépassant les seuils réglementaires. Selon TF1 Info, « à Villy, dans les Ardennes, la quantité de PFAS retrouvée dépasse jusqu’à 27 fois la limite autorisée ». De plus, début avril 2026, 14 réseaux d’eau potable desservant près de 3 900 habitants restaient non conformes en raison de cette contamination, toujours selon le ministère de la Transition écologique.
L’origine de cette pollution est désormais identifiée : des boues contaminées issues d’activités industrielles, épandues sur des terres agricoles proches de captages d’eau. En conséquence, environ 100 tonnes de boues ont dû être stockées sur site, avec interdiction d’épandage. Ce cas illustre une faille structurelle dans la gestion des déchets issus des stations d’épuration. Dès lors, le gouvernement entend imposer une traçabilité plus stricte. Si des niveaux élevés de PFAS sont détectés, les exploitants devront rechercher l’origine de la contamination. Ensuite, les boues concernées ne pourront plus être utilisées en agriculture, mais devront être incinérées ou valorisées énergétiquement.
PFAS : vers un encadrement progressif mais encore incomplet
Toutefois, cette nouvelle obligation de mesure ne constitue qu’une première étape. Un cadre réglementaire plus précis est attendu d’ici l’été 2026, avec la définition de seuils nationaux au-delà desquels l’épandage sera interdit. Le Haut Conseil de la santé publique doit rendre un avis à ce sujet. En parallèle, certaines recommandations provisoires s’inspirent déjà de seuils étrangers. Selon les éléments révélés par Générations Futures le 10 avril 2026, des valeurs de référence pourraient être fixées à 40 µg/kg de matière sèche pour six PFAS, et 400 µg/kg pour vingt-deux PFAS, en s’appuyant sur les normes en vigueur en Wallonie. Cependant, les critiques persistent. L’association estime que la France agit tardivement, malgré des alertes anciennes.
Elle rappelle notamment que l’Anses identifiait dès octobre 2025 l’épandage des boues comme « l’une des principales sources d’émissions de PFAS dans l’environnement ». Dans ce contexte, le porte-parole de l’association, François Veillerette, a déclaré dans Générations Futures : « Une nouvelle fois concernant la pollution par les PFAS, la France est à la traîne et ne semble réagir uniquement suite à la pression des citoyens ». Une critique qui souligne le décalage entre la connaissance scientifique du risque et la mise en œuvre des politiques publiques. Enfin, au niveau européen, la réglementation reste limitée. Une directive prévoit bien l’ajout de douze micropolluants à traiter dans les eaux usées d’ici 2033, mais pour les PFAS, seule une surveillance est envisagée à ce stade, sans obligation de traitement.

