Plastiques en supermarchés : Que Choisir dénonce l’immobilisme de certaines enseignes

Une enquête menée dans 1 659 magasins révèle que les plastiques demeurent omniprésents dans les supermarchés français. Malgré la loi Agec, les objectifs de réduction de 20% des emballages plastiques ne sont pas atteints, avec notamment une progression de 3,3% des ventes d’eaux embouteillées en 2025.

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Plastiques en supermarchés : Que Choisir dénonce l'immobilisme de certaines enseignes
Plastiques en supermarchés : Que Choisir dénonce l’immobilisme de certaines enseignes © Social Mag

Plastiques en supermarchés : une omniprésence persistante malgré les engagements

Les plastiques demeurent massivement présents dans les rayons des grandes surfaces françaises, révèle une enquête menée par les associations Que Choisir Ensemble et No Plastic in My Sea. Cette investigation de terrain, réalisée entre le 7 et le 21 février 2026 dans 1 659 magasins, met en lumière l’écart béant entre les déclarations d’intention des distributeurs et la réalité quotidienne des consommateurs.

L’étude révèle que les objectifs de réduction fixés par la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020 demeurent largement hors d’atteinte. Cette législation ambitieuse prévoyait pourtant une diminution de 20% des emballages plastiques à usage unique dès la fin 2025, par rapport aux niveaux de 2018.

Les bouteilles d’eau, symbole de l’échec de la transition écologique

Les eaux embouteillées constituent le talon d’Achille de cette transformation environnementale. Représentant près de 40% des plastiques à usage unique dans les supermarchés, ces produits connaissent paradoxalement une progression constante. Selon les données de Circana citées dans le rapport, les ventes d’eaux embouteillées ont même progressé de 3,3% en 2025, contredisant frontalement l’objectif de réduction de 50% des bouteilles plastiques d’ici 2030.

« On n’a même pas amorcé la trajectoire », déplore Lucile Buisson, chargée de mission environnement chez Que Choisir. Cette stagnation s’explique notamment par la multiplication des références proposées par les distributeurs eux-mêmes, certaines enseignes proposant jusqu’à 186 références différentes d’eaux en bouteille.

Fruits et légumes : l’emballage systématique en question

L’analyse des rayons fruits et légumes révèle des pratiques tout aussi préoccupantes. L’étude s’est focalisée sur cinq produits emblématiques : pommes de terre, oranges, pommes, carottes et tomates. Dans les magasins traditionnels, 60% de ces produits non biologiques sont commercialisés emballés, principalement sous plastique.

Paradoxalement, la situation s’avère encore plus préoccupante pour les produits biologiques, pourtant censés incarner une démarche plus respectueuse de l’environnement. Ainsi, 91% des fruits et légumes bio sont vendus emballés, dont la moitié sous plastique. Cette contradiction soulève des interrogations sur la cohérence des stratégies commerciales des enseignes vis-à-vis de leurs engagements écologiques.

Les associations dénoncent également l’émergence d’une tendance néfaste : la commercialisation croissante de légumes et fruits frais prédécoupés, systématiquement suremballés dans des contenants plastiques.

Le vrac en recul, les consignes encore marginales

Contrairement aux attentes, l’offre en vrac connaît un net recul dans la plupart des enseignes étudiées. Cette régression survient pourtant au moment où un décret, publié fin 2025 après cinq années d’attente, impose aux commerces de détail de plus de 400 mètres carrés de consacrer au moins 20% de leur surface de vente au vrac d’ici 2030.

Concernant les systèmes de consigne, les initiatives demeurent embryonnaires. Seul Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe Carrefour, peut se prévaloir de quelques avancées : 350 magasins de l’enseigne disposent de machines permettant de récupérer les bouteilles plastiques contre 1 à 2 centimes, tandis que 450 magasins proposent un système de consigne pour les contenants en verre.

Des disparités entre enseignes révélatrices

L’enquête révèle néanmoins des écarts significatifs entre les différents formats de magasins. Les enseignes spécialisées dans le bio (Biocoop, La vie Claire, Naturalia) affichent des performances nettement supérieures, avec 90% des fruits et légumes vendus en vrac. Biocoop pousse même l’engagement jusqu’à bannir totalement les eaux en bouteille plastique de ses rayons.

À l’inverse, les enseignes de hard discount (Lidl, Aldi) accusent un retard considérable, la transition y restant à commencer selon les observateurs. Cette polarisation souligne l’importance du positionnement commercial dans l’adoption de pratiques plus vertueuses.

Recommandations et perspectives d’évolution

Face à ce constat alarmant, les associations formulent plusieurs recommandations concrètes : l’abandon immédiat des plastiques inutiles dans l’ensemble des rayons, la priorisation des actions de réduction et de réemploi sur les eaux et boissons, le développement massif des alternatives réutilisables, ainsi que la promotion active de l’eau du robinet.

Philippe Joguet, directeur développement durable à la Fédération du commerce et de la distribution, tempère ces critiques : « Ce qui compte ce n’est pas la photographie à l’instant T mais la tendance à la baisse du plastique et les efforts déployés par le secteur pour être au rendez-vous en 2030 et au-delà ».

Pour sa part, Coopérative U reconnaît « avec justesse, les difficultés » liées à « l’évolution des modes de vie (le snacking, le besoin de praticité) » conduisant au suremballage, tout en promettant de poursuivre ses efforts.

Muriel Papin, déléguée générale de No Plastic In My Sea, replace ces enjeux dans un contexte géopolitique plus large : « L’actualité nous amène à repenser de manière globale notre rapport au plastique », dont le coût augmente avec les tensions géopolitiques actuelles.

Cette étude confirme que la transformation écologique du secteur de la grande distribution demeure un défi majeur, nécessitant une accélération drastique des initiatives pour espérer atteindre les objectifs fixés par la législation européenne et française.

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