Alors que le cancer touche plus de deux millions de personnes chaque année aux États-Unis selon l’American Cancer Society, le cœur reste un organe presque épargné. Cette singularité intrigue depuis des décennies. Désormais, des travaux scientifiques récents montrent que les battements du cœur créent un environnement hostile au cancer, apportant une explication biologique solide à ce phénomène rare.
Le cœur, un organe presque immunisé contre le cancer grâce aux battements
Les données épidémiologiques confirment l’exception du cœur face au cancer. Moins de 1 % des cancers prennent naissance dans cet organe. De plus, même lorsque des cellules cancéreuses circulent dans le sang, elles colonisent rarement le cœur. Cette rareté intrigue, car le cœur est pourtant constamment exposé aux cellules tumorales via la circulation sanguine. Les chercheurs ont mis en évidence un facteur clé, les battements du cœur eux-mêmes.
L’étude publiée dans Science montre que la force mécanique générée par les contractions cardiaques empêche la croissance des cellules cancéreuses. Comme le souligne Serena Zacchigna, coautrice de l’étude : « Nos résultats montrent que la pulsation du cœur n’est pas simplement une fonction physiologique, mais qu’elle peut agir comme un suppresseur naturel de la croissance tumorale. » Le cœur ne se contente pas de pomper le sang, il agit aussi comme une barrière physique contre le cancer.
Battements du cœur et cancer : un mécanisme mécanique et biologique
Pour comprendre ce phénomène, les scientifiques ont mené des expériences sur des modèles animaux. Ils ont comparé des cœurs en activité normale à d’autres artificiellement “déchargés”, c’est-à-dire sans contrainte mécanique. Résultat, les cellules cancéreuses prolifèrent beaucoup plus rapidement dans les cœurs qui ne battent pas activement, selon l’étude relayée par EurekAlert!. Par ailleurs, les battements du cœur influencent directement les mécanismes internes des cellules tumorales. Une protéine clé, appelée Nesprin-2, joue un rôle central. Elle capte les forces mécaniques et modifie l’expression des gènes liés au cancer.
Lorsque cette protéine est désactivée, les cellules cancéreuses retrouvent leur capacité de prolifération, même dans un cœur en mouvement, selon ecancer. Enfin, cette interaction entre mécanique et génétique ouvre une nouvelle perspective. Comme l’explique un expert indépendant, Michael Fradley : « Ce qui rend cet article vraiment fascinant, c’est qu’ils ont proposé un mécanisme potentiel pour expliquer ce phénomène. » Ainsi, le lien entre battements du cœur et cancer ne relève plus d’une hypothèse, mais d’un mécanisme démontré.
Le cœur, le cancer et les battements : vers de nouvelles pistes thérapeutiques
Cependant, cette découverte ne se limite pas à expliquer pourquoi le cœur est protégé. Elle pourrait transformer la lutte contre le cancer. Les chercheurs envisagent désormais de reproduire les effets mécaniques des battements du cœur sur d’autres tissus du corps. L’objectif serait de ralentir, voire bloquer, la croissance tumorale ailleurs que dans le cœur. De plus, certaines observations renforcent cette piste. Les tissus cardiaques soumis à une forte contrainte mécanique limitent naturellement la division cellulaire.
À l’inverse, lorsque cette contrainte diminue, les cellules, y compris cancéreuses, se multiplient plus facilement. Cette logique pourrait inspirer de nouvelles thérapies basées sur la stimulation mécanique, selon ICGEB. Enfin, les implications sont considérables. Les scientifiques travaillent déjà sur des dispositifs capables de reproduire ces forces, notamment pour des cancers de la peau ou du sein. Toutefois, ces approches restent expérimentales. Elles devront être validées cliniquement, notamment pour éviter tout risque de dissémination des cellules cancéreuses, comme le souligne Live Science.



