Depuis le 4 novembre 2025, le débat autour des certificats d’économies d’énergie s’est intensifié avec la publication d’une analyse par La Tribune. Ces dispositifs, censés financer des travaux énergétiques tout en allégeant la facture des particuliers, vont connaître une nouvelle phase d’expansion dès le 1er janvier 2026. Pourtant, cette montée en puissance cache un risque majeur : les fournisseurs d’énergie, tenus d’investir davantage, pourraient répercuter ce surcoût sur les clients finaux. Une dynamique qui interroge sur les limites de ce modèle extra-budgétaire.
CEE : un objectif accru pour booster les travaux énergétiques
À l’occasion de la sixième période du dispositif CEE, le gouvernement a décidé de fixer la barre plus haut. Dès le 1er janvier 2026, l’obligation imposée aux fournisseurs va passer de 825 à 1 050 TWh cumac d’économies d’énergie à réaliser annuellement, soit une hausse de 27 %. Cette évolution a été annoncée le 27 octobre 2025 par Connaissance des Énergies, en collaboration avec l’AFP. Elle confirme la volonté des pouvoirs publics d’utiliser le levier des travaux énergétiques pour accélérer la transition écologique.
Ce volume accru d’obligations implique mécaniquement une augmentation du budget consacré aux aides. L’enveloppe allouée aux certificats d’économies d’énergie, qui atteignait environ 6 milliards d’euros en 2025, devrait ainsi dépasser les 8 milliards d’euros en 2026, selon une déclaration du gouvernement relayée par le même média. Cette progression soutient directement les rénovations ciblées : isolation thermique, changement de chaudières, remplacement de vitrages, ou encore installation de pompes à chaleur. En renforçant ce financement indirect, l’exécutif souhaite agir sans alourdir le budget de l’État, misant sur l’effet d’entraînement du secteur privé.
Une charge reportée sur les consommateurs
Mais ce soutien accru n’est pas sans conséquence pour les usagers. Le dispositif repose sur une logique d’obligation pour les fournisseurs d’énergie : soit ces derniers réalisent directement des actions d’économies, soit ils achètent des certificats pour compenser. Dans les deux cas, le coût de ces démarches se répercute souvent sur la facture des consommateurs. Une étude menée par UFC-Que Choisir, publiée le 15 octobre 2025 et relayée par Batiweb, alerte sur cette dérive. Elle indique que « les ménages assument 70 % du financement du dispositif des CEE », une proportion jugée préoccupante par l’association.
Dans le même esprit, le think tank I4CE estimait en avril 2025 que le surcoût annuel moyen supporté par un foyer oscille entre 125 et 150 euros, en lien direct avec les mécanismes de compensation intégrés aux prix de vente de l’énergie. Le fonctionnement du système CEE crée ainsi un paradoxe. D’un côté, il permet de financer des travaux énergétiques dans les logements, censés réduire les dépenses énergétiques à moyen terme. De l’autre, il alourdit la facture immédiate via une hausse diffuse des tarifs énergétiques, notamment pour les foyers modestes peu enclins à engager eux-mêmes des rénovations. Une tribune publiée par La Tribune rappelait récemment que « les obligés […] répercutent ensuite le coût des primes dans le prix de l’énergie ».
Un équilibre budgétaire précaire pour l’État et les acteurs privés
Cette stratégie repose sur un compromis fragile. L’État, confronté à des contraintes budgétaires croissantes, mise sur un financement délégué à travers les CEE pour éviter de creuser davantage son déficit. Comme l’a rapporté l’AFP dans un article du 27 octobre 2025, le gouvernement mise sur ce dispositif « extra-budgétaire, pour financer plus d’aides dans la mobilité électrique (…) et dans la rénovation énergétique des logements ». Ce montage financier permet une montée en puissance rapide sans mobilisation directe des finances publiques. Mais cette décentralisation du financement pose la question de la soutenabilité pour les fournisseurs, eux-mêmes confrontés à des prix de l’énergie volatils et à des marges réduites.
En 2024, plusieurs acteurs avaient déjà alerté sur la complexité croissante du dispositif et sur l’effet inflationniste de cette contrainte règlementaire. Selon des professionnels interrogés par Connaissance des Énergies, « les CEE pèsent sur le pouvoir d’achat », notamment dans les territoires où la rénovation énergétique reste difficile à mettre en œuvre faute d’artisans ou de diagnostics adaptés. À mesure que le dispositif s’intensifie, la tension monte entre la volonté d’accélérer la transition et celle de préserver la capacité des ménages à suivre le rythme. Pour que les certificats d’économies d’énergie remplissent pleinement leur rôle, il faudra sans doute mieux cibler les bénéficiaires, renforcer la lisibilité du dispositif, et éviter que les plus fragiles ne paient le prix fort d’une ambition collective.


