L’IA pourrait menacer l’humanité, mais ce professeur s’inquiète d’un danger beaucoup plus immédiat : les emplois

Alors que les débats sur l’intelligence artificielle se concentrent souvent sur les scénarios catastrophes, Ethan Mollick estime que cette peur détourne l’attention des transformations du travail. Le professeur de l’université de Pennsylvanie pointe notamment une difficulté : certains dirigeants ne savent toujours pas comment utiliser cette technologie dans leur entreprise.

Publié le
Lecture : 2 min
Des chercheurs tirent la sonnette d’alarme face à un effet de l’IA plus dangereux qu’on ne l’imagine
L’IA pourrait menacer l’humanité, mais ce professeur s’inquiète d’un danger beaucoup plus immédiat : les emplois © Social Mag

Et si la crainte de voir un jour l’intelligence artificielle échapper à tout contrôle faisait oublier des problèmes beaucoup plus proches ? Pour Ethan Mollick, professeur à la Wharton School de l’université de Pennsylvanie, les risques existentiels de l’IA méritent d’être pris au sérieux, mais ils occupent une place excessive dans les discussions.

Dans un entretien accordé à Axios le 2 novembre 2026, le chercheur explique que cette focalisation sur une possible catastrophe mondiale laisse trop peu de place aux conséquences déjà prévisibles de l’intelligence artificielle, notamment sur l’emploi.

Selon lui, le débat ne devrait pas seulement porter sur ce que l’IA pourrait devenir dans plusieurs années, mais aussi sur les décisions prises aujourd’hui dans les entreprises.

Des patrons poussés à adopter l’IA sans toujours savoir comment l’utiliser

Ethan Mollick échange régulièrement avec des dirigeants d’entreprise. Et son constat est surprenant : beaucoup de patrons avec lesquels il discute ne savent pas encore quoi faire concrètement de l’intelligence artificielle.

Ces responsables doivent pourtant répondre à des attentes de rentabilité, alors que les outils d’IA promettent d’automatiser une partie des tâches réalisées par les salariés.

Mais le chercheur estime qu’une entreprise ne devient pas nécessairement plus compétitive en licenciant ses employés pour les remplacer par des systèmes automatisés.

D’après lui, la plupart des dirigeants qu’il rencontre ne souhaitent d’ailleurs pas une automatisation totale. La véritable difficulté consiste à déterminer comment utiliser ces technologies pour améliorer le travail, plutôt que chercher systématiquement à supprimer l’intervention humaine.

Les métiers pourraient ainsi évoluer profondément, sans que toutes les transformations se produisent au même moment. Certaines tâches deviendraient automatisables, tandis que d’autres continueraient à nécessiter une expertise et des décisions humaines.

Mollick souhaiterait notamment que l’on s’intéresse davantage à ce qui se passe réellement dans les entreprises. Il regrette que les témoignages des salariés et des managers occupent si peu de place dans les débats, souvent dominés par les entreprises technologiques.

Il utilise lui-même l’IA pour écrire ses livres, mais pas pour rédiger à sa place

Cette approche se retrouve dans sa manière de travailler.

Pour son nouvel ouvrage Co-Existence, paru le 20 octobre 2026, le professeur explique avoir rédigé lui-même ses brouillons avant de solliciter l’intelligence artificielle comme assistant de recherche.

L’outil lui aurait permis de repérer des erreurs dans ses propres textes, mais aussi dans les sources qu’il citait. Un exemple concret de la différence qu’il établit entre utiliser l’IA pour remplacer une activité et s’en servir pour renforcer le travail humain.

Dans son ouvrage consacré à la coexistence avec l’intelligence artificielle, Mollick décrit également une technologie capable de réussir certaines tâches complexes tout en échouant encore sur des opérations apparemment simples.

Le chercheur ne limite pas cette réflexion au monde professionnel. Il évoque aussi l’éducation, où l’IA peut faciliter certains usages problématiques tout en offrant la possibilité de disposer d’un tuteur personnalisé, ainsi que la santé, où elle pourrait apporter de nouvelles améliorations.

Pour lui, ces bénéfices potentiels ne sont pas garantis : ils dépendent de la manière dont les outils seront utilisés et des décisions prises pour les encadrer.

C’est précisément le débat qu’il souhaite voir prendre davantage de place, alors que les entreprises commencent déjà à modifier leur organisation autour de l’intelligence artificielle.

Suivez-nous sur Google NewsSoutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités.

Laisser un commentaire

Share to...