Le tribunal correctionnel de Paris a condamné le professeur Jean-Bernard Fourtillan à quatre ans de prison ferme, le jeudi 1er octobre 2026. Les faits reprochés à ce pharmacien et conférencier de 82 ans concernent des essais cliniques sauvages menés entre 2017 et 2019, sur des patchs transdermiques censés améliorer le traitement des maladies de Parkinson et d’Alzheimer, rapporte BFMTV.
Fourtillan était absent du délibéré, comme il l’avait déjà été de l’audience de juin. Le juge David Mayel, qui a rendu la décision, a retenu quatre chefs d’accusation : recherche interventionnelle impliquant une personne humaine sans autorisations officielles, exercice illégal de la profession de médecin et de pharmacien, escroquerie et abus de confiance.
Le tribunal a émis un mandat d’arrêt à son encontre, lui a interdit à titre définitif toute activité dans le domaine de la santé et de la pharmacie, et a ordonné d’importants dédommagements aux parties civiles.
Des cobayes réunis par contingents dans une abbaye de la Vienne
Les essais se sont déroulés à l’abbaye Sainte-Croix de Saint-Benoît, dans la Vienne, en périphérie de Poitiers, un lieu où les religieuses accueillent habituellement des groupes en retraite. Près de 400 personnes, malades et volontaires sains confondus, ont été testées lors de 19 sessions nocturnes organisées entre mai 2018 et août 2019.
Fourtillan et son épouse faisaient venir les cobayes par contingents d’une trentaine de personnes ; des infirmières avaient été recrutées pour assurer les prélèvements sanguins. Aucune autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament n’avait été obtenue.
Une hormone que Fourtillan disait révélée qui ne convainc pas les autorités
Fourtillan affirmait avoir découvert la valentonine, une hormone sécrétée par la glande pinéale du cerveau, et prétendait pouvoir l’utiliser contre les maladies neurodégénératives en l’associant à une autre hormone, la 6-méthoxy-harmalan. Ce procédé a été rejeté par les autorités médicales. Il a malgré tout décidé de le tester clandestinement sur des centaines de patients, souvent démunis face à des pathologies pour lesquelles seuls des traitements symptomatiques existent.
En rendant son délibéré, le juge David Mayel a résumé la mécanique mise en place : « Jean-Bernard Fourtillan a cherché à faire accroire que des patchs qualifiés de miraculeux pourraient guérir des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, qui n’avaient à leur disposition que des traitements symptomatiques. Pour faire croire à son discours, il a mis en place des essais cliniques sauvages. »
Le tribunal a également reconnu Fourtillan coupable d’avoir détourné à son profit personnel près de 130 000 euros sur les 700 000 euros de dons versés à son fonds Josefa, du nom de Josefa Menéndez, une religieuse mystique espagnole morte à Poitiers.
Les juges ont relevé que la recherche de dons avait constitué une préoccupation constante du professeur tout au long de son projet, visant en particulier des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, rendues vulnérables par leur condition. Les détournements ont été réalisés en se remettant personnellement les fonds et en investissant dans l’or de façon dissimulée.
Son épouse, Marianne Fourtillan, pharmacienne qualifiée de « cheville ouvrière de l’organisation de ces essais », écope de deux ans de prison dont un avec sursis. Le professeur Henri Joyeux, présenté comme le bras droit de Fourtillan, est condamné à un an de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende.
L’affaire avait éclaté à l’automne 2019, lorsque les autorités sanitaires avaient annoncé le démantèlement d’un essai clinique qualifié de sauvage et illégal. En 2020, Fourtillan était devenu une figure de la sphère covidosceptique en apparaissant dans le documentaire Hold-Up, où il affirmait que le virus du Covid-19 avait été fabriqué par l’Institut Pasteur, des propos qui lui ont valu des poursuites pour diffamation. Quelques semaines plus tard, il était placé en détention provisoire dans le cadre de cette affaire d’essais clandestins.
Son état psychiatrique a conduit à un internement ordonné par un médecin. En décembre 2025, son procès avait déjà été renvoyé après deux jours d’audience, à la suite d’un second internement en hôpital psychiatrique : il avait été admis de force début décembre à Ajaccio, en Corse, à la demande de ses propres enfants, inquiets de propos qu’ils jugeaient délirants et incohérents. Depuis sa sortie de cet hôpital, Jean-Bernard Fourtillan reste introuvable.



