Grégory Prats, chef de noria, a lâché, dans un entretien accordé à franceinfo le samedi 25 juillet 2026, que la disponibilité avion était en berne puisque le vendredi 24 juillet 2026, par exemple, ils n’en avaient que cinq. Sur les douze Canadair que possède la France, cinq seulement étaient opérationnels le vendredi précédent. Le lendemain, samedi, ce chiffre remontait à sept.
La France affronte de sérieux incendies en Gironde, dans les Landes et dans le Var. Sans assez de Canadair, les pompiers mobilisés dans le Var ne comptent que sur des avions Dash en renfort. « C’est un pansement sur une jambe de bois », résume Prats, qui juge la situation scandaleuse.
Deux avions au lieu de quatre, un largage sur trois inefficace
Le pilote explique un fonctionnement technique que le grand public ignore souvent. Une noria complète compte quatre avions. Sur un feu comme ceux rencontrés dans le Var ou en Gironde, où la température peut grimper à plus de 1 000, voire 1 200°C, le largage du premier avion, les six premières tonnes d’eau, n’atteint même pas le sol : tout s’évapore avant. Le numéro 2 commence à toucher terre, et ce sont les numéros 3 et 4 qui sont réellement efficaces.
Or, faute d’avions disponibles, les norias ne comptent généralement que deux appareils. « C’est pratiquement totalement inefficace », tranche Grégory Prats, qui évoque des largages désormais réservés à la protection des biens et des personnes, la nature passant en dernier lieu. Les feux, très virulents en 2026, sont amplifiés par la sécheresse : le bois sec monte en température rapidement, ce qui complique l’action des équipages.
Éric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l’aviation civile pour la branche travail aérien, commandant de bord sur les Canadair et basé à Nîmes, confirme ce constat dans un entretien accordé au journal Le Monde. « Cette situation n’est plus possible, il faut trouver des solutions », affirme-t-il, rappelant que « seuls cinq étaient opérationnels vendredi, c’était sept samedi ».
L’arrivée de l’A400M, avion militaire déployé de façon inédite le samedi 25 juillet 2026 en Gironde, n’y change rien selon les deux hommes. L’appareil emporte 20 tonnes d’eau ou de retardant en un largage, contre 6 000 litres pour un Canadair.
Mais contrairement à ces derniers, il doit regagner une base militaire pour se réapprovisionner, avec des rotations de 45 minutes à une heure, et ne peut se poser qu’à Orléans, Mont-de-Marsan ou Istres. Résultat : 20 tonnes d’eau délivrées par heure, contre 120 tonnes pour quatre Canadair puisant dans un plan d’eau situé à une vingtaine de kilomètres.
« Ce n’est pas la quantité d’eau ou de retardant qu’on amène d’un coup qui compte, c’est la quantité d’eau qu’on amène pendant plusieurs heures d’affilée. Or l’A400M a un délai de rotation très long », observe Éric Durand.
Grégory Prats attribue ce manque de disponibilité à des problèmes de maintenance : l’industriel privé chargé de cette tâche ne suivrait pas le rythme, les pièces détachées n’arriveraient pas à temps, et la flotte vieillit. « Ils sont entretenus correctement sur une année normale mais là nous avons une année exceptionnelle », précise-t-il.
Le pilote se souvient d’une intervention à Fontainebleau, le lundi 20 juillet 2026, où il écopait de l’eau de la Seine dont la dépollution a coûté 2 milliards d’euros aux Français. Une somme, souligne-t-il, qui permettrait d’acheter 15 Canadair et 10 ans de maintenance.
La flotte actuelle est basée à Nîmes-Garons. Un rapport d’information déposé début juillet 2025 par les députés Damien Maudet, du groupe LFI, et Sophie Pantel, du groupe PS, pointait déjà une moyenne d’âge de 30 ans pour les Canadair et de 45 ans pour les Beechcraft, jugeant leur remplacement rapide nécessaire.
