La Chine est considérée comme une superpuissance par 44 % des adultes américains dans une version d’un sondage, contre 32 % dans une autre. La différence ne vient ni d’un changement de contexte international ni d’une évolution de l’opinion entre deux dates : elle apparaît au sein d’une même expérience, selon la manière de poser la question.
Le Pew Research Center a présenté le 27 octobre les résultats de cette étude méthodologique, conduite du 23 au 29 mars 2026 auprès d’adultes américains de son panel représentatif. Elle éclaire une difficulté familière des enquêtes d’opinion : les réponses dépendent aussi du chemin proposé aux personnes interrogées.
Deux parcours pour une même question
Les chercheurs ont défini une superpuissance comme un pays dominant à la fois sur les plans économique et militaire. Dans une première version, ils demandaient directement aux participants de citer les pays correspondant à cette définition, avec la possibilité d’en nommer jusqu’à six, de répondre « aucun » ou de signaler leur incertitude.
Dans la seconde version, une question préalable demandait si des superpuissances existaient. Seules les personnes répondant oui étaient ensuite invitées à nommer les pays concernés. Les deux dispositifs laissaient donc une place au doute, mais à des moments différents de l’entretien.
Le classement général reste identique : les États-Unis sont les plus souvent cités, devant la Chine et la Russie. Les proportions, elles, varient nettement. Les États-Unis recueillent 57 % de citations dans la question directe, contre 50 % dans la version en deux temps. La Russie passe de 24 % à 14 %. Pour la Chine, l’écart atteint douze points, de 44 % à 32 %.
La place du doute augmente de dix points
Le contraste le plus révélateur concerne l’incertitude. Dans le questionnaire direct, 18 % des participants indiquent ne pas savoir. Cette proportion atteint 28 % avec la question préalable. Le nombre de pays différents cités passe parallèlement de 47 à 30, selon les tableaux détaillés publiés par Pew.
La représentation d’un monde comprenant plusieurs superpuissances dépend elle aussi du dispositif. Dans la version directe, 27 % des personnes interrogées nomment au moins trois pays. Elles ne sont plus que 15 % dans l’autre version. En revanche, 27 % citent une seule superpuissance dans les deux cas.
Ces écarts portent sur les réponses exprimées par deux groupes soumis à des questionnaires différents. Ils ne mesurent pas un changement réel de puissance économique ou militaire des pays, ni un basculement de l’opinion au fil du temps.
Une leçon pour la lecture des enquêtes d’opinion
Avant cette expérience, les chercheurs avaient mené des entretiens approfondis avec douze adultes durant l’hiver 2024. Certains termes, comme « monde unipolaire » ou « multipolaire », s’étaient révélés difficiles à comprendre. Il était plus simple pour les participants de nommer des pays que de classer spontanément l’ordre mondial dans une catégorie abstraite.
Le protocole finalement retenu privilégie donc une définition explicite et des réponses ouvertes. Pew envisage d’utiliser la question directe dans de futures enquêtes internationales, notamment parce qu’elle est plus simple à administrer et suscite moins de non-réponses.
Pour lire un sondage, la formulation exacte ne suffit pas : l’ordre des questions, les options proposées et la possibilité de répondre « je ne sais pas » comptent également. Dans cette expérience, ces choix modifient sensiblement les pourcentages publiés, alors même que la hiérarchie des pays cités demeure stable.
