Depuis le 1er mars 2026, la France a instauré une taxe de 2 euros sur les petit colis en provenance de pays tiers, particulièrement ceux issus de Chine. Cette mesure, inscrite dans la loi de finances pour 2026, visait à réguler l’afflux massif de marchandises bon marché et à protéger le commerce européen. Cependant, les premiers résultats révèlent un échec retentissant : la taxe ne génère que 2,3 millions d’euros par mois, soit quatorze fois moins que les prévisions gouvernementales.
Ce dispositif fiscal, qui s’applique à chaque catégorie d’articles contenus dans les colis de moins de 150 euros, devait constituer un rempart contre la concurrence déloyale des plateformes asiatiques. Néanmoins, l’absence de coordination européenne a permis aux géants du commerce en ligne de déployer des stratégies d’évitement particulièrement efficaces.
La taxe française sur les petit colis : un rendement dérisoire face aux stratégies de contournement
Le gouvernement français avait établi des projections ambitieuses pour cette nouvelle taxation. La loi de finances tablait sur 400 millions d’euros de recettes annuelles, soit approximativement 33 millions d’euros mensuels. Ces estimations reposaient sur l’hypothèse d’un maintien des flux commerciaux existants et d’une application uniforme de la taxe.
Selon Florian Colas, directeur général des Douanes, interrogé lors d’une audition par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 13 mai : « On est passé d’environ 500 000 déclarations par jour à environ 50 000 aujourd’hui, ce qui correspond à un rendement de l’ordre de 2,3 millions par mois ». Cette chute drastique représente une diminution de 90% du volume de déclarations douanières.
L’écart entre les prévisions et la réalité soulève des interrogations sur la méthodologie d’évaluation employée par Bercy. Les calculs initiaux avaient été établis « avec l’hypothèse d’une taxe qui entrerait en vigueur de façon coordonnée avec les autres pays européens qui étaient volontaires à ce moment-là », explique le responsable des Douanes.
Les stratégies de contournement des plateformes chinoises
Les principales plateformes de commerce électronique visées – Temu, AliExpress et d’autres acteurs asiatiques – ont rapidement adapté leurs modèles logistiques. Plutôt que d’expédier directement leurs marchandises vers la France, elles utilisent désormais des hubs de distribution situés dans des pays européens voisins, notamment en Belgique et en Pologne.
Cette réorientation des flux permet aux petit colis d’entrer dans l’Union européenne par un point d’accès exempt de la taxe française, avant d’être acheminés par voie routière vers leur destination finale. Le « déport de volume » résultant de cette stratégie atteint « de l’ordre de 90% depuis le 1er mars », confirme Florian Colas.
L’exemple de certaines plateformes illustre parfaitement cette adaptation. Selon Macg, ces entreprises ont développé des infrastructures permettant de regrouper les commandes avant leur entrée en Europe. Un seul envoi massif vers un entrepôt européen peut ainsi contourner la logique de taxation par colis individuel.
Cette approche révèle les limites d’une action unilatérale face à des acteurs économiques disposant d’une flexibilité logistique considérable. Comme le souligne la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), cette taxe « n’aura aucun impact sur le volume de colis expédiés sur le territoire français. Son seul effet sera de détourner les flux vers nos voisins ».
L’impact économique sur le secteur logistique français
Paradoxalement, cette taxation a eu des répercussions négatives sur l’écosystème logistique national. La réorientation des flux vers d’autres pays européens prive la France de retombées économiques importantes en termes d’emploi et de recettes fiscales liées à l’activité logistique.
Stéphane Chasseloup, avocat spécialisé dans le commerce chez Arsene, alerte sur les conséquences pour le tissu économique du secteur. Certaines entreprises de logistique qu’il conseille ont dû placer des équipes en chômage partiel en raison de la diminution des volumes traités.
Cette situation illustre un phénomène observé également en Italie, qui avait initialement instauré une taxe similaire dès janvier 2026 avant de faire marche arrière. Rome a constaté que si les livraisons sur son territoire n’avaient pas diminué, les flux logistiques et les emplois associés avaient, eux, reculé significativement.
Du côté de la consommation, aucun changement notable n’est observé. Selon L’Est Républicain, plus de cinq milliards d’euros ont été dépensés sur les plateformes chinoises en 2025, un chiffre en hausse. Les colis arrivent donc toujours en France, mais échappent désormais largement aux contrôles douaniers français.
Vers une harmonisation européenne tardive
Face à cet échec, le gouvernement français mise sur l’entrée en vigueur prochaine d’une réglementation européenne harmonisée. Dès juillet 2026, l’Union européenne instaurera un droit de douane de 3 euros par type d’article commandé, suivi en novembre par la mise en place de frais de traitement pour tous les petit colis importés.
Cette approche coordonnée devrait théoriquement neutraliser les stratégies de contournement actuelles. « C’est à ce moment-là qu’on aura un dispositif complètement harmonisé entre les États membres », souligne Florian Colas, qui y voit le fruit du « volontarisme de la France ».
Cependant, cette harmonisation intervient avec un décalage qui a permis aux acteurs du secteur d’adapter leurs infrastructures. Les investissements réalisés dans des entrepôts européens risquent de créer des situations acquises difficiles à remettre en cause.
Roland Lescure, ministre de l’Économie, milite pour une accélération du calendrier européen et a « écrit avec un certain nombre de ses collègues européens à la Commission, à la présidence du Conseil » pour avancer la mise en œuvre des frais de gestion avant novembre.


