Une équipe de l’Université du Colorado à Boulder affirme avoir mis au point deux traitements capables non pas de soulager l’arthrose, mais de réparer les articulations qu’elle détruit. Chez l’animal, une seule injection a suffi à retrouver une articulation saine en quatre à huit semaines.
L’arthrose touche 528 millions de personnes dans le monde et 10 millions de Français, selon des chiffres publiés en 2022 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). Dans 65 % des cas, la maladie se développe après 65 ans. Elle correspond, selon la définition de l’INSERM, à une « maladie articulaire qui conduit à la destruction du cartilage », avec parfois « une accumulation de liquide dans la cavité articulaire ». Douleurs, gonflements et raideurs s’installent progressivement, jusqu’à limiter la mobilité.
Face à cette dégénérescence, la médecine ne propose aujourd’hui que deux options : traiter la douleur avec des antalgiques, ou remplacer l’articulation par une prothèse. L’INSERM le reconnaît sans détour : la prise en charge reste « encore essentiellement symptomatique ». Aucun traitement curatif n’existe.
Une injection qui recrute les cellules du corps
C’est précisément ce vide thérapeutique que la recherche menée à Boulder entend combler. Le premier traitement consiste en une injection intra-articulaire à libération progressive, décrite dans un communiqué relayé par Science Alert comme « un système d’administration de médicaments à libération lente, soigneusement conçu ».
Concrètement, il s’agit d’un cocktail de protéines modifiées, injectables par arthroscopie. Une fois fixées sur place, ces protéines recrutent les propres cellules progénitrices du corps pour combler la brèche du cartilage abîmé. Le communiqué précise que ce système « peut inciter les cellules cartilagineuses et osseuses du corps à effectuer une réparation efficace en quelques semaines seulement ».
Les résultats obtenus sur des animaux sont nets : les articulations arthrosiques ont retrouvé un état sain en quatre à huit semaines, après une seule injection. Les chercheurs parlent d’articulations réparées.
Un implant pour les cas les plus avancés
Pour les patients atteints d’une arthrose plus importante, l’équipe a développé une seconde solution : un biomatériau injectable, ou implant, directement dans les zones endommagées. Posé lui aussi par arthroscopie, ce matériau se solidifie une fois en place et attire à son tour les cellules réparatrices de l’organisme, favorisant la reconstruction du cartilage et de l’os.
Selon les auteurs, cette approche permet de combler les défauts du cartilage ou de l’os et d’obtenir une « régénération et une réparation complètes du défaut ».
Deux ans de travail, dix-huit mois avant l’humain
Les deux traitements n’ont pour l’instant été testés que sur des animaux, au cours des deux dernières années. Stephanie Bryant, professeure de génie chimique et biologique à l’Université du Colorado à Boulder, résume ce parcours : « En deux ans, nous sommes passés d’une idée novatrice à la mise au point de ces thérapies, puis à la démonstration de leur capacité à inverser l’arthrose chez les animaux. »
Une nouvelle phase de tests sur animaux est en cours, cette fois pour s’assurer que les produits ne présentent aucun danger pour l’humain. Si les résultats restent positifs, les premiers essais cliniques pourraient débuter dans environ dix-huit mois.
L’ambition affichée dépasse le simple traitement de la douleur. Bryant l’affirme sans nuance : « Notre objectif n’est pas seulement de traiter la douleur et de stopper la progression de la maladie, mais de l’éradiquer. » Karin Payne, professeure agrégée d’orthopédie, tient un discours similaire : « Notre objectif n’est pas de soulager les douleurs mais de mettre fin à la maladie. »




