En France, les retraités de plus de 65 ans touchent désormais un revenu supérieur à celui des actifs en âge de travailler. Aux États-Unis, la situation s’inverse : les retraités peinent à financer leurs vieux jours. Ce constat provient d’une analyse du Financial Times, fondée sur une étude récente du Luxembourg Income Study.
Fin 2022, le retraité français moyen percevait environ 1 626 € bruts par mois. Selon cette analyse, les retraités français gagnent actuellement environ 2 % de plus que les actifs de leur pays. Ce renversement s’est construit progressivement : entre 1970 et 2020, le revenu médian cumulé des actifs français âgés de 18 à 64 ans a progressé d’environ 100 %, contre plus de 160 % pour les retraités sur la même période.
Ce système a un coût. Depuis 2001, la part du PIB consacrée aux prestations vieillesse et à la santé a augmenté d’environ 2,9 % en France, contre une moyenne d’environ 1,5 % dans les pays comparables, toujours selon le Financial Times.
En 2023, la France y consacre 14 % de son PIB, avec un taux de remplacement net moyen des pensions de 74 %. Le Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale précise que le système permet de toucher un maximum de 50 % de la moyenne des revenus annuels, calculée sur les gains bruts soumis à cotisations des 25 meilleures années.
Il faut avoir travaillé au moins 42 ans pour percevoir la pension d’État complète. Le financement de ces retraites a représenté un sixième du budget du ministère de la Défense en 2024.
Aux États-Unis, un retraité sur cinq est en difficulté ou vit un cauchemar
La comparaison internationale est nette. Les retraités américains gagnent environ un sixième de moins en revenu relatif que les actifs de leur pays, les Britanniques un cinquième de moins, et les Australiens, qui affichent le plus grand écart, un tiers de moins.
Les États-Unis consacrent seulement 7 % de leur PIB aux pensions publiques, avec un taux de remplacement net moyen de 50 %, contre 74 % en France. Les Américains n’accèdent en outre à leurs prestations de la Sécurité sociale qu’à 66 ou 67 ans, plus tard que les Français.
Les conséquences se lisent dans plusieurs enquêtes. Plus de deux retraités américains sur cinq, soit environ 20 millions de personnes, redoutent que leurs économies ne suffisent pas à financer le mode de vie de retraite qu’ils espèrent, selon un sondage mené en avril par la banque d’investissement D.A. Davidson. Près de 60 % d’entre eux auraient souhaité avoir un emploi d’appoint pour compléter leur épargne. D’après l’enquête Schroders’ 2025 US Retirement Survey, près de 20 % des retraités américains se disent en difficulté ou vivent un cauchemar, contre seulement 5 % qui déclarent vivre le rêve.
Beaucoup continuent de travailler jusque dans leurs 70 ans, par crainte d’épuiser leur épargne, comme les retraités britanniques, contraints eux aussi de reprendre une activité faute de pouvoir se permettre de partir.
En France, le système reste sous tension budgétaire malgré ces résultats favorables aux retraités. En 2023, l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne avait dévoilé un plan pour relever l’âge de la retraite de 62 à 64 ans d’ici 2030. Le président Emmanuel Macron a par ailleurs proposé de rapprocher l’âge de la retraite français des normes observées dans les autres pays occidentaux, une proposition qui a immédiatement suscité une résistance.

