Le baromètre ISM-MAAF confirme que l’emploi dans l’artisanat continue de se contracter, tandis que les problèmes de recrutement perdurent. En dépit d’une baisse des intentions d’embauche, les artisans peinent toujours à trouver des salariés disponibles et formés, un paradoxe qui alimente les tensions dans le marché du travail. Ces difficultés structurelles placent l’emploi artisanal au cœur du débat économique.
L’emploi artisanal recule, mais la demande de main-d’œuvre reste forte
L’emploi salarié dans les entreprises artisanales de moins de 20 salariés a reculé de 1,6 % au premier trimestre 2025, marquant ainsi la septième baisse consécutive, comme le montre le dernier baromètre de l’Institut supérieur des métiers (ISM). Cette contraction correspond à près de 56 000 postes supprimés en un an, dont la moitié dans le secteur du bâtiment. Pourtant, malgré cette tendance baissière, les besoins de recrutement restent élevés et persistants.
En 2023 déjà, le baromètre ISM-MAAF rappelait que 1,919 million de salariés travaillaient dans l’artisanat, mais que l’emploi salarié avait chuté de 1,2 % sur l’année, après une forte progression entre 2019 et 2022. Autrement dit, même dans un contexte de tassement, les métiers artisanaux demeurent confrontés à une pénurie structurelle de main-d’œuvre.
Des intentions d’embauche en baisse mais toujours marquées par la difficulté
L’enquête Besoins en main-d’œuvre (BMO) publiée par France Travail et la Dares en juillet 2025 met en lumière une baisse significative des projets de recrutement. 24,1 % des établissements envisagent d’embaucher cette année, contre 28,2 % en 2024, soit un recul de 12,5 %. Cependant, cette diminution ne traduit pas une amélioration de la situation : au contraire, la moitié des embauches projetées sont jugées difficiles. Les tensions sont particulièrement aiguës dans certains métiers de l’artisanat.
Ainsi, 74 % des embauches sont jugées complexes en boucherie, 69 % en charcuterie-traiteur et 55 % en boulangerie-pâtisserie. Dans le bâtiment, les difficultés atteignent des sommets : 82 % des recrutements pour les couvreurs, 78 % pour les charpentiers, 73 % pour les maçons qualifiés, 68 % pour les plombiers-chauffagistes et 65 % pour les électriciens du bâtiment. Ces chiffres illustrent la profondeur de la crise, qui combine désintérêt des jeunes générations et déficit de formation adaptée.
Des réponses institutionnelles pour soutenir le recrutement artisanal
Face à ces tensions durables, des initiatives émergent pour soutenir les artisans. Le 4 juin 2025, une convention nationale triennale a été signée entre CMA France, France Travail, les Missions Locales et Cap Emploi. Elle vise à renforcer l’accompagnement des entreprises artisanales dans leurs besoins de recrutement et à promouvoir des solutions inclusives.
Ce dispositif doit faciliter la mise en relation entre candidats et employeurs, mais aussi encourager l’intégration de publics éloignés de l’emploi dans les entreprises artisanales. L’objectif affiché est clair : atténuer la fracture entre les besoins persistants en main-d’œuvre et la réalité d’un marché du travail peu attractif pour certains métiers manuels. Si ces mesures ne suffisent pas à inverser immédiatement la tendance, elles marquent une prise de conscience institutionnelle du rôle central de l’artisanat dans l’économie française.


