Longévité : les régions où l’on vit le plus vieux en Europe

L’Europe n’a pas fini de vieillir. Mieux, dans certaines régions, l’espérance de vie continue de progresser à un rythme soutenu. Mais cette tendance masque une réalité plus contrastée. À mesure que certaines zones deviennent championnes de longévité, d’autres, en panne de progrès depuis les années 2000, révèlent une fragmentation sanitaire croissante. Où vit-on le plus vieux, et pourquoi ? La géographie du vieillissement en Europe est plus politique qu’il n’y paraît.

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Où vit-on le plus vieux ?
Longévité : les régions où l’on vit le plus vieux en Europe © Social Mag

Une publication de Science et Vie, du 3 février 2026, relaye une vaste étude menée sur 450 régions d’Europe occidentale. Objectif : comprendre pourquoi certaines populations vivent nettement plus longtemps que d’autres sur un même continent. L’espérance de vie s’invite dans un débat géopolitique et sanitaire, tant les écarts entre territoires s’accentuent. Si l’Europe est dans son ensemble vieillissante, les dynamiques locales d’espérance de vie témoignent d’un continent qui avance à deux vitesses.

Les régions où l’on vit vraiment plus vieux : des leaders qui confirment leur avance

Dans plusieurs territoires, les habitants continuent de vieillir… mieux. C’est notamment le cas du nord de l’Italie, de la Suisse ou encore de certaines provinces d’Espagne, où les gains d’espérance de vie restent constants depuis des décennies. Ces régions, qualifiées de « pionnières » par les chercheurs, affichent une longévité qui ne cesse de croître. Selon l’analyse publiée dans Science et Vie : « Les régions concernées continuent à gagner environ deux mois et demi d’espérance de vie par an pour les hommes, et un mois et demi pour les femmes. » Ces chiffres traduisent des réalités sociales, économiques et environnementales favorables : accès renforcé aux soins de qualité, infrastructures médicales solides, régimes alimentaires sains, taux de pollution relativement faible, et plus généralement, un cadre de vie stable.

La France n’est pas en reste. Plusieurs de ses territoires figurent parmi les plus performants. Paris, les Hauts-de-Seine ou encore les Yvelines se distinguent chez les hommes comme chez les femmes. Chez ces dernières, les départements proches de l’Anjou ou de la frontière suisse affichent également des espérances de vie record. En 2019, les chiffres étaient sans appel : environ 83 ans pour les hommes et 87 ans pour les femmes dans ces zones d’excellence sanitaire. Ces résultats prouvent qu’aucun plafond de longévité n’a encore été atteint, contrairement à certaines idées reçues. Comme le résume la revue : « On peut encore gagner des années d’espérance de vie en Europe : les régions pionnières en matière de longévité en apportent la preuve, année après année. »

Quand la courbe se brise : ces régions où les vieux ne gagnent plus d’années

Mais partout ailleurs, la dynamique est différente. Depuis le milieu des années 2000, certaines régions stagnent, voire régressent. L’étude, parue dans Nature Communications le 24 janvier 2026, montre que l’espérance de vie y a cessé de croître. Pire, les gains constatés dans les années 1990 ont disparu. Les zones concernées ? L’est de l’Allemagne, la Wallonie en Belgique, de nombreuses régions du Royaume-Uni et plusieurs départements français situés dans les Hauts-de-France, notamment chez les hommes. Ces territoires, souvent marqués par des crises économiques ou des politiques d’austérité, peinent à faire baisser la mortalité entre 55 et 74 ans.

Autrefois en recul rapide, cette mortalité a commencé à ralentir dans les années 2000, avant de se stabiliser, voire de réaugmenter dans certaines zones. Dans les régions en difficulté… les gains d’espérance de vie ont fortement ralenti, atteignant des niveaux quasiment nuls. Ce phénomène n’est pas anecdotique. Il affecte près de 400 millions de personnes, soit l’ensemble des populations étudiées dans 450 régions d’Europe occidentale. L’étude s’appuie sur des données compilées de 1992 à 2019, juste avant les effets à long terme de la pandémie de Covid‑19.

Des écarts qui se creusent entre les régions d’Europe

Au-delà des chiffres, la carte de l’espérance de vie en Europe dessine une nouvelle géographie des inégalités. Les territoires qui avancent sont souvent ceux qui bénéficient d’un haut niveau de développement, d’une offre médicale dense et d’un tissu social solide. À l’inverse, les zones où l’on vit moins vieux cumulent fragilités économiques, exposition aux polluants, précarité et inégalités d’accès aux soins. Cette fracture n’est pas seulement statistique, elle est politique. Le vieillissement différencié traduit des décennies de politiques publiques inégalement efficaces. Dans certaines régions, l’absence de stratégie coordonnée de prévention autour de l’âge pivot de 65 ans a laissé place à une stagnation dangereuse.

Or, c’est précisément à cet âge que se joue désormais la longévité. La mortalité autour de 65 ans, qui reculait rapidement dans les années 1990, a ralenti depuis les années 2000, voire augmenté dans certaines régions. Dans ce contexte, les experts alertent : sans politiques ciblées pour améliorer la santé des classes d’âge situées entre 55 et 74 ans, les écarts vont s’accentuer. L’espérance de vie pourrait devenir un nouvel indicateur de division en Europe, au même titre que le revenu ou le taux de chômage.

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