Une décision controversée après des mois d’alerte sanitaire
Le 7 décembre 2025, le journal Le Monde a révélé qu’un rapport de l’Agence régionale de santé (ARS) Occitanie recommande au préfet du Gard d’autoriser Nestlé Waters à poursuivre l’exploitation des sources Perrier sous le statut d’« eau minérale naturelle ». Ce revirement intervient après plusieurs épisodes de contaminations bactériennes et chimiques survenus depuis 2020 à Vergèze, dans le Gard, site historique d’embouteillage de l’eau Perrier. Dans ce document officiel, Didier Jaffre, directeur général de l’ARS Occitanie, écrit : « Il est proposé d’accéder à la demande d’autorisation » tout en exigeant « un contrôle sanitaire renforcé ».
Cette position contraste avec l’avis rendu en avril 2025, lorsque la même ARS s’était opposée au maintien du label en raison de « l’absence de pureté originelle », exigée pour qu’une eau soit qualifiée de minérale. Selon l’agence, seuls deux forages – Romaine VI et Romaine VII – seraient dorénavant exploités, les autres ayant été définitivement abandonnés pour cause de fragilité hydrogéologique. Cette nouvelle stratégie résulte d’un diagnostic actualisé remis par un hydrogéologue indépendant le 24 novembre.
Des contaminations récurrentes malgré les efforts de sécurisation
Le maintien du label repose sur la supposition que les deux forages encore actifs présentent un risque réduit. Pourtant, selon Le Monde, ces captages ne sont pas exempts de problèmes. Le puits Romaine VII a notamment été arrêté en novembre après la détection de Pseudomonas aeruginosa, une bactérie potentiellement dangereuse pour les populations sensibles. Entre le 30 avril et le 28 novembre, l’ARS recense pas moins de 28 dépassements des normes réglementaires sur les paramètres microbiologiques, principalement liés à des bactéries telles qu’E. coli, les coliformes et des pseudomonas. En outre, 30 % à 35 % des analyses bactériologiques effectuées sur le forage Romaine VI ont été jugées « illisibles », soit près d’un tiers des tests.
Le rapport évoque également la présence de micropolluants persistants comme les PFAS, les perchlorates et les chlorates. Par ailleurs, une inquiétude monte quant à une potentielle hausse des nitrates dans l’eau, en lien avec l’intensification des pratiques agricoles dans la zone de captage. L’historique des traitements appliqués à l’eau fait également débat. Nestlé a notamment utilisé un système de microfiltration de 0,2 µm, remplacé par un dispositif de 0,45 µm, dont l’efficacité reste à démontrer selon les données disponibles. Or, pour conserver le label « eau minérale naturelle », aucun traitement n’est censé altérer les caractéristiques de l’eau.
Entre impératifs économiques et contrôle sanitaire renforcé
Malgré les réserves sanitaires, le maintien de l’exploitation Perrier apparaît pour beaucoup comme un compromis pragmatique. D’un point de vue économique, le site de Vergèze représente un poids lourd régional : des centaines d’emplois, une marque emblématique et une production tournée vers l’exportation. Dans ce contexte, l’ARS recommande un plan de surveillance renforcé sur deux ans.
Ce dernier prévoit des contrôles bactériologiques hebdomadaires, des analyses virologiques mensuelles, ainsi qu’un suivi quotidien assuré par Nestlé Waters. Une « zone de plus forte vulnérabilité » devra aussi être instaurée autour des deux forages, afin d’interdire ou limiter les activités agricoles ou industrielles susceptibles d’impacter la qualité de l’eau. L’ARS précise néanmoins dans son rapport que « les enjeux du territoire » et « l’évolution du climat » pourraient à l’avenir « rendre l’exploitation de forages à des fins d’eau minérale encore plus difficile sur ce secteur ». En effet, les sécheresses, la pression agricole et les pollutions diffuses menacent l’ensemble des ressources en eau souterraines dans le sud de la France.







