En France et dans l’Union européenne, la fracture numérique n’est pas — encore — résorbée

  • Publié le: vendredi 31 juillet 2020

Au sein de l’Union européenne, des signaux positifs se dégagent d’année en année. Pourtant, la fracture numérique semble loin d’être résorbée. Les conclusions de l’Index DESI, qui s’attache à mesurer les inégalités et le niveau de fracture numérique au sein des États membres, indiquent en effet que 86 % des foyers européens sont couverts par un réseau de nouvelle génération mais qu’uniquement 44 % d’entre eux sont couverts par des réseaux de très haut débit. Des inégalités qui touchent aussi la France, au sein de laquelle l’illectronisme concerne 17 % de la population.

 

Les conséquences sociales de l’illectronisme

 

Au-delà de la capacité opérationnelle d’accès au numérique, le manque de compétences des populations demeure criant en Europe. Les données fournies par l’ICT Survey indiquent ainsi, qu’au sein des 28 États membres, 26 % des citoyens européens souffraient de faibles compétences numériques, tandis que 14 % d’entre eux n’en possédaient aucune ou n’avaient pas accès à internet. Les conséquences de la fracture numérique sont transversales ; elle renforce, d’abord, l’inégalité entre les territoires, car la connectivité demeure l’un des principaux facteurs de décision à l’installation des entreprises.

Au niveau individuel, le manque de compétence numérique est un obstacle à l’intégration professionnelle, sociale et à la formation. Surtout, l’illectronisme s’ajoute à des exclusions déjà existantes et touche, très largement, les populations les plus précarisées et les plus fragilisées par un contexte socio-économique empreint d’incertitudes. En France, les données de l’INSEE indiquent qu’en 2019, 15 % des personnes de 15 ans ou plus n’ont pas utilisé Internet au cours de l’année et que 38 % des utilisateurs ont un déficit sur au moins une compétence numérique basique. L’illectronisme concerne environ 17 % de la population. Des freins à l’emploi qui, à l’aube d’une crise économique potentiellement dévastatrice, pourraient avoir des conséquences puissantes au sein des populations les plus exposées aux chocs économiques systémiques.

Cette réalité est déjà bien connue des autorités françaises. « Apprendre les usages numériques, faire acquérir les bons réflexes aux demandeurs d’emploi sont des enjeux majeurs », explique Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi.

L’illectronisme est, donc, un vecteur de vulnérabilité sociale comme le fut, jadis, l’illetrisme. Très souvent, le manque de connaissances numériques se double de difficultés économiques. Au niveau européen, la carte de la fracture numérique épouse ainsi celle de la richesse des pays de l’Union. Si 8 % des Danois considèrent le facteur coût comme un frein à l’acquisition d’un ordinateur, ils sont 57 % à évoquer cette barrière en Hongrie ou en Croatie. Et, comme en France, la différence entre zones rurales et zones urbaines s’avère être très visible.

Selon une enquête menée en 2019 par l’UFC – Que Choisir, environ un tiers des habitants des communes françaises de mois de 1 000 habitants, soit 73 % des communes, n’ont pas accès à un internet de qualité minimale, et la moitié des leurs habitants sont privés d’un accès de bon haut débit.

 

Les PME, comme les grandes entreprises, sont aussi touchées

 

Ce manque de compétence globale peut aussi impacter négativement les acteurs économiques. En effet, en 2018, seules 9,1 millions de personnes travaillaient dans des métiers spécialisés dans le numérique au sein des pays de l’Union européenne, soit seulement 3,4 % des emplois. Insuffisant pour permettre aux PME et, même aux grandes entreprises, de bénéficier de l’expertise de profils spécialisés sur des enjeux pourtant cruciaux pour leur développement. En France, une étude de Pôle emploi indique ainsi que l’emploi dans le numérique prospère et progresse 2,5 fois plus vite que dans les autres secteurs. Mais, les professionnels du secteur déplorent un manque criant de compétences. Selon un rapport de Roland Berger, 31 % des sociétés françaises affirment avoir des difficultés à recruter des talents numériques.

Les conséquences économiques pour le tissu des PME européennes sont avérées. Outre le manque de canaux de ventes en ligne, auxquels les populations sont désormais acculturées, les potentialités de croissance liées au cloud computing ou au big data sont colossales. Par exemple, le cabinet McKinsey estimait en 2018 que la maintenance prédictive, fondée sur des outils d’intelligence artificielle, pourrait faire économiser aux entreprises 630 milliards d’euros d’ici 2025 grâce à la chute du nombre de pannes, un ralentissement de l’obsolescence des machines ou encore un moindre recours aux services de dépannage.

 

Les investissements publics comme facteur de la création d’une Europe numérique ?

 

Désormais, la construction d’une France numérique s’impose comme l’une des priorités des pouvoirs publics, rejoignant ainsi l’ambition d’une future Europe numérique. C’est en tout cas l’un des grands chantiers de Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, qui a même déclaré que l’Europe écologique était parfaitement indissociable de l’Europe numérique. Mais, le continent semble souffrir d’un déficit chronique d’investissements.

Ce sont en tout cas les conclusions du rapport « Accelerating Europe’s Transformation » publié par la Banque européenne d’investissement, qui estime que des investissements publics à très grande échelle doivent advenir pour accélérer la transition vers une Europe numérique. Au total, 65 milliards d’euros d’investissements manqueraient pour réussir cette transformation. L’enjeu est de taille, tant les perspectives de croissance sont colossales. Elles sont, en Europe, estimées à 14 % de PIB cumulés d’ici à 2020 si de véritables décisions d’investissements dans la recherche et le déploiement technologiques sont décidées. En France, la part du numérique dans le PIB est ainsi estimée à seulement 6%, là où elle atteint 10,1 % en Corée du Sud, 9,2 % en Chine et 8 % aux États-Unis.

Les objectifs, ambitieux, aspirent à fournir à chaque ménage, rural ou urbain, une connectivité internet d’au moins « 100 Mbps, pouvant évoluer vers un débit en gigabit ». Certes, l’Europe, plus que les autres continents, semble avoir en main les clefs de sa propre transition numérique. Car, selon le cabinet McKinsey, le continent n’utilise que 12 % de son potentiel numérique global.

Si rien n’est encore fixé du fait des divergences entre les États-membres, l’Union européenne s’est définitivement engagée en faveur d’un puissant mécanisme de relance, estimé à 750 milliards d’euros. De ce plan, la France devrait tirer 50 milliards d’euros de subventions issues d’une dette mutualisée à l’ensemble des pays européens. Ce programme ambitieux, qui aspire à préparer l’Union européenne de demain, ne saurait ignorer les besoins de la France en matière numérique. Car la fracture économique perdure et, avec elles, ses conséquences socio-économiques majeures sur les populations.

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