Forêts en Europe : pourquoi les espèces rares et locales tendent à disparaître ?

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  • Publié le: vendredi 31 juillet 2020

Une étude européenne de longue durée a analysé la répartition des espèces végétales dans les forêts. La conclusion est sans appel : les espèces locales et rares sont en net recul, remplacées par des espèces plus banales, que l’on retrouve partout. Cela conduit à une homogénéisation des sous-bois en Europe. Cette situation proviendrait en grande partie des pluies acides des années 1980, preuve que la nature, en particulier en forêt, réagit en retard sur les phénomènes, notamment d’origine humaine.

Les forêts, en Europe, tendent à s’homogénéiser : les espèces les moins spécialisées, les plus courantes dominent de plus en plus d’écosystèmes, au détriment d’espèces plus rares, locales ou spécialisées. C’est la conclusion d’un travail de synthèse mené par des chercheurs de toute l’Europe, compilant de nombreuses études sur le sujet.

Les espèces banales remplacent les espèces rares dans les forêts d’Europe

Baptisée La banalisation de la flore dans les sous-bois des forêts européennes, elle dresse un constat implacable sur le long terme : « Localement, on observe une réorganisation des communautés végétales ainsi que des phénomènes de colonisation d’espèces qui viennent contrebalancer les extinctions locales », selon les mots de Jonathan Lenoir, chargé de recherche CNRS au laboratoire Ecologie et dynamique des systèmes anthropisés (CNRS/Université Picardie – Jules-Verne), qui a participé à l’étude et qui répond à nos collègues de Ouest-France.

Dans le détail, il s’agit d’un remplacement d’espèces plutôt rares, « les plus « spécialistes » ou à distribution très restreinte, par des espèces cosmopolites, que certains qualifieraient de banales, que l’on retrouve un peu partout », d’après le chercheur. « Il n’y a pas de diminution de la biodiversité mais on assiste plutôt à un remplacement de certaines espèces par d’autres. Ce qui conduit à une sorte d’homogénéisation à plus large échelle », complète Jonathan Lenoir.

Les pluies acides des années 1980 sur le banc des accusés

Le constat est le même dans toutes les forêts tempérés d’Europe. Sur le banc des accusés : les pluies acides des années 1980, qui ont eu un effet dévastateur sur les sous-bois : « Ces dépôts atmosphériques ont engendré un apport massif d’azote dans les écosystèmes et généré localement une augmentation de la productivité de certaines espèces mais aussi un dépérissement pour d’autres », expose Jonathan Lenoir.

« Les espèces cosmopolites, demandeuses d’azote, vont utiliser cette ressource tombée du ciel pour être plus compétitives et remplacer, étouffer en quelque sorte les autres qui, elles, sont plus efficaces à utiliser l’azote mais en plus faible quantité », détaille-t-il.

Cette étude illustre à quel point la forêt se développe dans un temps beaucoup plus long que les activités humaines. Les pluies acides ont en effet été endiguées dès les années 1990. Mais pas leurs conséquences. « La forêt est un système inerte, qui réagit en retard par rapport aux phénomènes. Cela peut la protéger de certains changements. Mais aujourd’hui, on assiste aux conséquences de ces pluies d’il y a vingt ou trente ans », conclue Jonathan Lenoir.

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